Philippe Maxence : près de 30 ans de collaboration

Alors que La Nef fête ses trente ans, Christophe Geffroy me demande d’égrener quelques souvenirs. À vrai dire, je n’étais pas aux débuts de La Nef, sinon comme simple lecteur. Alors tout jeune journaliste, m’ennuyant ferme dans un hebdomadaire économique, je pris contact avec Christophe Geffroy sur les conseils d’un moine de Fontgombault, dom François Henry. Louis Salleron venait de mourir (le 20 janvier 1992) et j’avais souhaité lui rendre hommage. Ce fut ma porte d’entrée.
Très accueillant, le maître de maison m’invita à une réunion de rédaction qui se tenait dans une salle de la paroisse Saint-Eugène. Les jeunes gens réunis là pétillaient d’idées à la manière d’un bon champagne. L’un était un spécialiste en histoire et pouvait discuter avec assurance des lois fondamentales du royaume. L’autre connaissait la liturgie latine sur le bout des doigts. Thomas Grimaux rêvait déjà de barouder à travers le monde, ce qu’il fera d’ailleurs. L’ambiance était animée, franchement directe et sans pesanteur.
On m’accueillit comme le petit nouveau – ce que j’étais – et l’on voulut bien me demander si j’avais un sujet d’article à proposer. Des idées, j’en avais forcément mille. Prudemment, je hasardai une proposition pour le grand public : la revitalisation des campagnes. Les quelques secondes de silence n’auraient pas été plus lourdes si je leur avais proposé un « papier » à la gloire de Mgr Gaillot. Puis les rires repartirent et Christophe eut la charité de m’accorder un petit encadré comme lot de consolation. Bien que dépité, j’embarquai décidément à bord du vaisseau.
La suite ? Des articles plus ou moins réguliers, selon les saisons et le temps dont je disposais. Après Thomas Grimaux, Isabelle Roure devint la principale collaboratrice de Christophe. À son tour, elle dut partir et ce dernier me proposa de la remplacer. Je m’empressai d’accepter.
La tâche assignée était passionnante : participer au magazine et développer les hors-séries. Il s’agissait non seulement d’écrire, mais aussi de discuter du sommaire, de chercher les collaborateurs, de se partager la réalisation des dossiers sans oublier… la mise en page. À peu de chose près, le carnet de route était le même concernant les hors-séries.
Au tout début, à la fin du bouclage, nous partions au petit matin pour Paris, rejoignant l’imprimerie afin d’y relire une dernière fois les épreuves. À la même époque, l’équipe permanente s’étoffa, avec Blandine Fabre, d’une collaboratrice administrative. La Nef mettait le cap sur le développement.
Des quatre années que j’y ai vécues avant de redevenir un collaborateur extérieur, je garde le souvenir précieux d’une excellente ambiance, animée par une foi commune. Nous pouvions avoir des divergences et les discussions pouvaient alors durer longtemps. Mais la bienveillance qui caractérise le capitaine de ce vaisseau permettait de passer outre et d’avancer.
Je conserve comme des trésors les visites à Jean-Marie Paupert ou, dans un autre registre, celles que nous menions auprès de son ami Jacques Bordelais. Je fis aussi la connaissance de Paul-Louis Michaux (DMM), qui devint mon premier éditeur, ou, outre-Atlantique, de John Senior.
En 2001, je laissais le navire, non sans un pincement au cœur. Toujours bienveillant, Christophe Geffroy me proposa de collaborer à travers une chronique. Pour une fois que des journalistes catholiques se quittaient sans se brouiller, il n’était pas question de refuser.
Avec trente ans de vie, La Nef a su attirer à elle bien des talents, sans jamais cesser de se renouveler, tout en évoluant aussi, je crois. Elle est surtout le fruit de l’obstination d’un homme, toujours soutenu et secondé par son épouse, Brigitte. À une époque où la presse écrite connaît une massive désaffection et où tant de titres meurent, Christophe Geffroy a réussi exactement l’inverse en mettant à l’eau sa Nef et en l’animant depuis trois décennies. Un exploit éditorial qui tient énormément aux qualités humaines de son directeur. Mes respects, capitaine !

Philippe Maxence

© LA NEF n°331 Décembre 2020

À propos Philippe Maxence

Philippe Maxence
Écrivain, directeur de L’Homme Nouveau, président-fondateur de l’Association des Amis de Chesterton, chroniqueur littéraire de La Nef, il est l’auteur notamment de Irlande 2016 : le printemps d’une insurrection (Via Romana, 2015), Chesterton face à l’islam (Via Romana, 2014), Maximilien Kolbe (Perrin, 2011), Baden Powel (Perrin, 2003, rééd. Tempus, 2016).