Daniel Hamiche © Alastair Miller

Daniel Hamiche : « Que Dieu te custode… »

Tant pis, cher Daniel, mais tu n’y couperas pas. Ta modestie et ta discrétion dussent-elles en souffrir, de là-haut, tu supporteras ces quelques lignes, au nom de l’amitié qui ose beaucoup de choses, avec le tutoiement que tu avais instauré entre nous au plus fort d’une certaine tempête.
Je ne sais guère ce que furent ta famille, ta jeunesse et ton parcours d’avant, sauf qu’un jour, à la manière d’un saint Augustin dont tu partageais les origines berbères, le Christ saisit le maoïste bon teint que tu étais pour l’envelopper de sa miséricorde. Depuis, tu es resté, jusqu’au bout, « fidèle ». Fidèle au Roi, celui de notre terre de France, autant qu’à celui du Ciel, malgré « insultes et horions », désillusions et abandons.
Tu fus pour beaucoup d’entre nous, d’abord, une voix, celle de Radio Courtoisie. Fine, goguenarde parfois, accompagnée d’une solide érudition, toujours passionnée d’unir les catholiques que rassemblaient la foi, la liturgie authentique, la défense de la vie, l’amour de la vérité, mais que divisaient d’irrémissibles querelles d’ego et de parti. Tu t’en fichais « royalement », si j’ose dire. Qu’importent les pedigrees et la couleur de la soutane, il fallait aller de l’avant. Beaucoup, dans ces milieux, confondent pontifical et pontifiant, encens et prosternation, tu étais un homme libre et désintéressé. Trop fin pour mélanger les genres, tu fus, avec patience et constance, un « passeur », ou, pour reprendre ton propre terme, « un pont », dans un quartier de l’Église, celui de la « tradition », où l’on dresse, avec gourmandise, plus de barrières et de forteresses qu’il n’est possible d’imaginer. Tu disais, par autodérision, que tu étais « œcuménique et dialoguant ». Pour une fois, ces mots avaient un sens. Inlassablement, tu aimas l’Église « une, sainte, catholique, et apostolique… et romaine ! », sans jamais t’ériger en pontife d’aucune chapelle. Tu avais trop d’humour pour ça. Tu aurais pu rassembler autour de toi des disciples. Il n’y eut jamais, à mon sens, autour de toi et de quelques bonnes bouteilles, que des amis et des compagnons, parfois même des frères. Qui sait, les fils que tu n’as pas eus selon la chair ? Nous sommes tous un peu orphelins aujourd’hui.
Le grand combat, parmi tes innombrables batailles, fut le soutien et la promotion du film de Mel Gibson, La Passion du Christ. Une part essentielle du succès de ce plaidoyer pour l’œuvre de notre salut, en France, t’est due, même si ce fut le seul sujet qui nous opposa.
Entre mille choses, il va nous manquer ton œil acéré pour observer, de l’autre côté de l’Atlantique, la vie de l’Église et les combats « pro-life » (nous pouvons parler anglais, nous ne sommes pas sur Radio-Courtoisie !), pays au cœur duquel tu allas, souvenir impérissable pour toi, déposer des reliques du saint roi Louis, comme une transmission de flambeau. Mais peut-être la mort t’épargnera-t-elle le spectacle affligeant du naufrage d’un pays que tu admirais tant, sombrant dans le chaos ou la folie progressiste, maux qui risquent fort, soit dit en passant, de nous emporter à notre tour dans leurs bourrasques. De là-haut, dans la Patrie, égrène quelques prières pour ceux qui luttent encore pour la patrie terrestre.
Pour finir, avec ta célèbre formule, devenue rituelle, je salue la « bonne personne » que tu as été, Daniel : « Que Dieu te custode, mon cher camarade ! »

Abbé Hervé Benoît

© LA NEF n°332 Janvier 2021

À propos Abbé Hervé Benoît

Abbé Hervé Benoît
Prêtre du diocèse de Bourges et canoniste, il est l’auteur notamment du Chouan du Tanganyika (Presses de la Délivrance, 2015) et du Bouquet de Chartres. Et autres chroniques (2004-2008) (La Nef, 2008). Il est chroniqueur spirituel de La Nef.