Cinéma Février 2021

Pieces of a woman (film Netflix)

À Boston, Martha et Sean font une « baby shower », à la mode américaine, pour fêter la proche arrivée de leur premier bébé. À la mode encore, ils choisissent l’accouchement à domicile, d’autant que la sage-femme est une amie. Mais le moment venu, celle-ci est retenue par une autre naissance et elle dépêche une consœur. Quand l’enfant naît, les cris de joie et les soupirs de soulagement cessent vite : le cœur du bébé est défaillant. Et il meurt.
Ce film puissamment émouvant est l’œuvre d’un couple roumain, Kornél Mundruczó, réalisateur, et sa femme Kata Wéber, scénariste, inspirés de leur propre expérience d’un enfant mort à la naissance. C’est leur premier film américain, diffusé et produit par Netflix.
La partie la plus remarquable est le prologue d’une rare prouesse de mise en scène : un unique plan séquence de vingt-quatre minutes qui rend le spectateur témoin entièrement (sans voyeurisme) d’un accouchement difficile. Les trois acteurs sont d’une parfaite justesse mais la palme revient à Vanessa Kirby qui joue la mère avec une puissance et une sensibilité qui lui ont largement mérité son prix de meilleure actrice à la Mostra de Venise.
Le film, ensuite, suit la lente reconstruction d’une mère, mise en « pièces » par le deuil. Hagarde, elle balance entre son mari incontrôlable et sa mère acharnée à traîner la sage-femme en justice. Cet aspect judiciaire aboutit au traditionnel suspense de prétoire américain. Son caractère obligé – irritant – pourrait détourner le film de sa valeur profondément humaine, mais que peut le judiciarisme contre le cœur d’une mère ?

Chernobyl (série OCS et DVD)

Cette mini-série de HBO est déjà ancienne (2019) mais comme elle est une des rares séries couronnées à ne pas être diffusées sur Netflix, beaucoup l’ont manquée.
Moscou, 26 avril 1988. Un homme enregistre une série de cassettes, qu’il cache derrière une fenêtre, puis se suicide. Deux ans plus tôt, à Prypiat, près de la centrale de Tchernobyl, une lueur éblouissante troue le ciel nocturne : un réacteur de la centrale vient d’exploser. Les cinq épisodes de la minisérie détaillent tout ce qui s’est passé à partir de là pour tenter d’enrayer la catastrophe, l’héroïsme des uns étant contrecarré par les mensonges des autres, paralysés à l’idée de voir la glorieuse URSS humiliée devant le reste du monde.
Chernobyl (en anglais) est la série la plus célèbre et la plus primée jamais produite. On est frappé dès les premières images par la qualité de la réalisation, où une musique électronique inquiétante souligne la force des images sombres. Le récit s’appuie sur une documentation très fouillée qui laisse certes place à quelques inexactitudes et inventions de fiction avouées, mais qui a dans l’ensemble une puissance de suggérer le vrai qui colle le spectateur à l’écran en lui donnant l’impression qu’il vit les événements.

François Maximin

© LA NEF n°333 Février 2021

À propos François Maximin

Avatar
chroniqueur cinéma de La Nef.