Livres Mai 2021

DICTIONNAIRE JÉSUS
L’École biblique de Jérusalem
Édition établie sous la direction de RENAUD SILLY, O.P.
Bouquins 2021, 1276 pages, 32 €

Les dictionnaires sur le Christ ou la Bible ne manquent pas. Pourquoi un de plus ? Il suffit de se plonger dans quelques entrées de ce nouveau Dictionnaire Jésus pour comprendre que l’on a affaire à un travail d’une qualité exceptionnelle. Réalisé sous l’égide de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, sous la direction du Père Renaud Silly, dominicain de la province de Toulouse, ce travail a été conçu dans un esprit scientifique et de vulgarisation de haut niveau : l’objectif est d’apporter une connaissance sûre qui tienne compte des dernières avancées de la recherche internationale dans les différentes matières concernées, tout en se plaçant dans une optique résolue de foi et de fidélité au Magistère de l’Église, dans la mesure où celui-ci s’est prononcé.

Les quelque vingt auteurs de l’ouvrage ne cherchent pas à faire du nouveau pour le nouveau, mais à renouveler le regard porté sur Jésus, son pays, son peuple, au plus près des sources. Chaque entrée (il y en a 496 regroupées selon 12 rubriques principales) se termine par une bibliographie sélective et le Dictionnaire possède un double index très riche qui permet d’accéder rapidement au thème recherché.

Trois exemples : sur les « frères de Jésus », la notice de cinq pages explique avec force arguments et références au Nouveau Testament pourquoi ils ne peuvent être des frères de sang ; sur les « apocryphes », les auteurs exposent leur origine, leur statut, leur intérêt… et la raison pour laquelle ils ne font pas partie du canon des Écritures ; sur « Paul de Tarse » que beaucoup voient comme le fondateur du christianisme, la réponse est fournie, claire et convaincante.

Bref, un travail passionnant et indispensable : un Dictionnaire à se procurer de toute urgence pour défendre la foi avec les lumières nécessaires.

Christophe Geffroy

RÉSISTER AU MENSONGE
Vivre en chrétiens dissidents
ROD DREHER
Artège, 2021, 230 pages, 18 €

Rod Dreher s’est fait connaître en France avec son livre très remarqué Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus. Le pari bénédictin (Artège, 2017), auquel nous avions fait un large écho. Rod Dreher réitère son coup d’éclat avec un nouveau livre qui a connu un vif succès aux États-Unis l’an dernier, Live not by Lies (« Ne vivez pas dans le mensonge »), et qui est maintenant offert au public français (avec un titre différent). La recette, si j’ose dire, est la même, qui rend cette lecture agréable et aisée : une première partie analytique claire et très accessible, suivie d’une série de témoignages vivants illustrant le propos.

Ce propos est simple : Rod Dreher explique que nos sociétés occidentales glissent vers un « soft totalitarisme » qui n’est pas sans rapport avec le totalitarisme dur qu’ont subi les dissidents européens de l’ère communiste. Certes, nous ne subissons pas la pression du parti unique et d’une police politique qui interdit toute liberté d’opinion, il n’y a pas non plus de camp de concentration pour les récalcitrants. Mais nous vivons dans un monde qui a décrété la mort de Dieu et refuse toute transcendance, qui étend, au nom de l’inclusivité et de la diversité, la tyrannie du politiquement correct à un degré inouï, et ce avec la complicité active d’un capitalisme de surveillance qui y trouve son intérêt mercantile. On a ainsi des individus atomisés et isolés dont le sens de la vie se réduit à la recherche de « l’épanouissement personnel » et qui sont une proie d’autant plus facile pour ce « soft totalitarisme » qu’ils se satisfont de ce « confort hédoniste » avec des libertés toujours plus réduites.

Toute la seconde partie du livre est consacrée à relater les rencontres de l’auteur avec des dissidents, chrétiens pour la plupart, d’Europe de l’Est, tchèques, hongrois, polonais ou russes. Ce sont eux qui, forts de leur expérience du communisme, ont compris que l’Occident risquait de revivre une nouvelle forme de totalitarisme. Et le seul moyen de l’empêcher ou du moins de lui résister est de suivre Soljénitsyne en refusant d’être complice du mensonge, à quelque degré que ce soit. Tout un programme dont il nous livre ici des pistes.

Christophe Geffroy

LA RÉVOLUTION RACIALISTE
Et autres virus idéologiques
MATHIEU BOCK-CÔTÉ
Les Presses de la Cité, 2021, 240 pages, 20 €

Le « wokisme » a pris en France une importance que l’on n’aurait pu imaginer il y a encore peu de temps. Importé des États-Unis, il diffuse une vision racialiste que l’on croyait éradiquée depuis le nazisme. On aurait tort de le prendre pour un épiphénomène qui s’éteindra de lui-même tant ses thèses semblent absurdes. C’est l’un des intérêts du livre de Mathieu Bock-Côté de décrire en détail ce qu’il nomme à juste titre la « révolution racialiste » qui menace non seulement nos libertés fondamentales mais tend plus encore à détruire notre civilisation et les nations qui l’ont portée. « Les sociétés occidentales seraient sous l’emprise du racisme systémique, écrit l’auteur. L’ordre social serait discriminatoire, raciste, sexiste, hétérosexiste, cisgenre, capacitiste et spéciste. Sa décolonisation intégrale serait le nouvel horizon de notre temps. Il faudrait faire enfin tomber le privilège blanc et jeter à terre une civilisation qui se serait avilie en commettant les plus grands crimes » (p. 41).

Mathieu Bock-Côté nous sert une quantité d’exemples et de citations proprement effrayants, inimaginables, tant ils révèlent une haine viscérale du Blanc occidental et de tout ce qu’il peut représenter en termes culturels et civilisationnels ; et cette haine s’allie à une bêtise et une morgue à prétention scientifique absurdes qui feraient sourire si la chose n’était si sérieuse ! Bref il y a derrière ce racialisme une idéologie qui atteint les sommets du sectarisme le plus violent. Merci à Mathieu Bock-Côté d’avoir pris la juste mesure de ce nouveau fléau et de nous éclairer ainsi en nous fournissant les armes pour mieux l’affronter.

Christophe Geffroy

MES SOUVENIRS AVEC SAINT JOSEMARIA ET SAINT JEAN-PAUL II
CARDINAL JULIAN HERRANZ
Le Laurier, 2021, 540 pages, 28 €

Le cardinal Herranz, né en 1930, ordonné prêtre pour l’Opus Dei en 1955, président du Conseil pontifical pour l’Interprétation des textes législatifs de 1994 à 2007, publie un fort volume de Souvenirs. Il ne s’agit pas d’une autobiographie, mais d’un témoignage centré sur Josémaria Escriva de Balaguer, le fondateur de l’Opus Dei. Le futur cardinal Herranz l’a rencontré en 1950, a vécu à ses côtés, à Rome, de 1953 jusqu’à sa mort en 1975. Le livre aurait pu s’intituler « l’Église des années 1950-1970 vue par saint Josémaria ». Mais un tel titre aurait mal rendu compte de sa richesse spirituelle et de son intérêt historique, qui concerne aussi les décennies postérieures à la mort du fondateur de l’Opus Dei.

Le cardinal Herranz raconte comment et pourquoi l’Opus Dei, insatisfait du statut d’institut séculier qu’il avait dû accepter dans les premiers temps, a cherché pendant des décennies, avec les autorités de l’Église, la « solution juridique » qui conviendrait mieux à la vocation spécifique de ses membres (en grande majorité des laïcs). Ce n’est qu’en 1982 que l’Opus Dei fut érigé en prélature personnelle. À plusieurs reprises aussi, le cardinal Herranz explique la spiritualité propre de l’Opus Dei, la différence entre « état de perfection » (appelé aujourd’hui « état de vie consacrée ») et la perfection que chacun doit rechercher dans son propre état. Entre autres évocations qui rectifient toute une littérature, même universitaire, dépréciative, voire complotiste, on lira avec intérêt les pages consacrées à l’Opus Dei au Pérou.

Le livre aborde aussi d’autres sujets, notamment la participation de l’auteur aux travaux du concile Vatican II, comme membre de la Commission sur la discipline du clergé ; les réactions de Mgr Escriva de Balaguer à la réforme liturgique ; les origines du Catéchisme de l’Église catholique ; les derniers mois douloureux de la vie de Jean-Paul II. Un livre passionnant et écrit avec un regard surnaturel, rare, sur la vie de l’Église.

Yves Chiron

TROIS RELIGIEUX DE LA MERCI AU TEMPS DE LOUIS XIV
HUGUES COCARD
DMM, 2021, 162 pages, 19,50 €.

Alors que nous sommes confrontés quotidiennement à l’islam, il n’est peut-être pas inutile de nous tourner vers l’histoire pour saisir un peu mieux les difficultés qui se présentent à nous. On pensera bien sûr aux Croisades ou à Lépante. Mais Clio nous offre aussi d’autres exemples, comme celui donné par les pratiques de l’Ordre de la Merci. Hugues Cocard, qui lui a consacré naguère sa thèse, revient à ce sujet, en dressant trois portraits de religieux de cette congrégation.

L’Ordre de la Merci ? Connus sous le nom de Mercédaires, ces religieux mendiants doivent leur existence à saint Pierre Nolasque en vue du rachat aux musulmans des esclaves chrétiens. Ils s’engageaient par un quatrième vœu « à donner leur vie, si nécessaire » pour la libération des captifs. Fondé en 1218 en Espagne, l’Ordre de la Merci s’établira en France à partir de 1232.

Les trois religieux évoqués ici donnent une très bonne idée de la vie de cet ordre et des difficultés qu’il rencontra avant de disparaître à la Révolution. Il permet de saisir aussi la cruauté et l’avidité des dignitaires musulmans. La figure du Père Sébastien Brugière est celle d’un religieux qui, parti en Alger pour racheter des esclaves, reste sur place et subit prisons et brimades avant de pouvoir rentrer en France. Parfois aussi, l’ancien esclave devient mercédaire comme ce fut le cas pour le Père Antoine Quartier après que sa famille eut déployé une énergie folle à le délivrer. Là encore, le lien avec l’esclavage et la mission de rachat est évident. Le cas du Père Blandinières offre un portrait singulièrement différent. Lui-même s’intéresse peu au rachat des captifs, sauf à la fin de sa vie. En revanche, il sert d’agent politique à Louis XIV tout en exerçant des charges importantes au sein de sa congrégation et en se montrant un prédicateur recherché.

Fidèle à la méthode du professeur Jean de Viguerie, récemment disparu, qui signe la préface de ce petit ouvrage (par la taille), Hugues Cocard permet de mieux saisir la belle charité active des mendiants de la Merci. Et nous montre ainsi un beau modèle pour les temps présents.

Philippe Maxence

LA GUERRE DES IDÉES
Enquête au cœur de l’intelligentsia française
EUGÉNIE BASTIÉ
Robert Laffont, 2021, 302 pages, 19 €

Journaliste au Figaro, essayiste, Eugénie Bastié est de ces jeunes femmes qui n’ayant crainte d’affirmer clairement des positions conservatrices et catholiques sont très engagées dans le combat métapolitique et culturel. Une bouffée d’air frais dans la France du XXIe siècle. Son troisième essai, La Guerre des idées, sous-titré Enquête au cœur de l’intelligentsia française, est centré sur les actuelles confrontations intellectuelles, celles qui vont façonner le monde de demain et dont les thématiques dominantes, malgré les apparences, évoluent. Auparavant, Bastié s’était penchée avec talent sur le néo-féminisme militant caricatural contemporain, dans Adieu mademoiselle, puis sur le retour de la délation sur les réseaux sociaux, à l’encontre des hommes occidentaux, forcément coupables de tout, dans Le Porc émissaire. Dans La Guerre des Idées, enquête menée durant trois ans auprès d’intellectuels de nombreux horizons, Bastié interroge le rôle que peuvent encore jouer les intellectuels, « à l’heure de la cancel culture, de l’hystérisation de la polémique, de l’immédiateté de l’information et du pouvoir de l’image ». Elle pose aussi une vraie question : « Le débat est-il seulement toujours possible en France ? » Poser la question, c’est déjà y répondre. Un livre très intéressant, en particulier pour qui n’a pas l’occasion de lire les livres des intellectuels ici convoqués, dont Finkielkraut, Onfray, Enthoven, Gauchet, Brague, Boucheron, Le Goff, Sureau, de Benoist, Baverez, Delsol…

Matthieu Baumier

CHARLES ET ZITA DE HABSBOURG
Itinéraire spirituel d’un couple
ÉLIZABETH MONTFORT
Artège, 2021, 232 pages, 18,90 €

La vie et le destin tragique de Charles et Zita, derniers souverains d’Autriche, sont dignes d’une suite romanesque. Un roman politique, avec ses intrigues de cour et ses enjeux internationaux. Ou un roman d’action, Charles de Habsbourg étant officier de l’armée austro-hongroise pendant la Première Guerre mondiale. Mais aussi et surtout, un roman d’amour aux airs de tragédie grecque. Et, encore plus que tout cela, un roman chrétien, dans lequel les protagonistes se laissent guider par la grâce et la prière, en mettant le Christ au centre de leurs combats.

Élizabeth Montfort se penche dans ce livre sur cet aspect-ci de la vie des derniers Habsbourg régnant, et nous plonge dans l’intimité d’un couple impérial, qui se bat successivement contre la guerre, puis l’exil, puis contre la maladie, et pour la sainteté. Dès le jour de leur mariage, Charles dit à Zita : « Maintenant, nous allons nous aider mutuellement à aller au ciel », donnant une direction claire à leur vie commune. Il maintiendra ce cap jusqu’à son dernier soupir, où il souffle à sa femme cette sublime déclaration : « Je t’aime infiniment. Dans le cœur de Jésus nous nous retrouverons. »

L’auteur nous dresse un portrait de deux modèles de fidélité et d’humilité qui, s’ils venaient à être canonisés, pourraient être les saints patrons des dirigeants politiques. Si le procès en béatification de Zita est toujours en cours, Charles est déjà proclamé bienheureux depuis 2004. Sur une décision du pape Jean-Paul II, l’ancien empereur est depuis fêté le 21 octobre, jour de son mariage, et non le jour de son entrée au Ciel. Un bel hommage liturgique au cheminement commun des deux époux.

Robin Nitot

NAPOLEON ET DIEU
PHILIPPE BORNET
Via Romana, 2021, 180 pages, 19 €
NAPOLÉON & JÉSUS
L’AVÈNEMENT D’UN MESSIE
Marie-Paule Raffaelli-Pasqualini
Cerf, 2021, 262 pages, 20 €

Dans l’abondante production littéraire suscitée par le bicentenaire de la mort de Napoléon, deux livres traitent de son rapport à Dieu. Philippe Bornet, dans une étude classique et bien documentée, préfacée par Jean Tulard, scrute les convictions et les doutes de Napoléon en matière religieuse, et aussi leur évolution. Médecin de formation, il traite sur quatre chapitres de la maladie et des dernières années de l’Empereur et des nombreuses conversations qu’il eut sur la religion lors de son exil à Sainte-Hélène. Un autre chapitre, « Napoléon est-il franc-maçon », appelle des réserves. Trop inspiré des thèses du Père Michel Viot sur le sujet, Philippe Bornet en arrive à minimiser le caractère anticatholique et relativiste de la franc-maçonnerie au XVIIIe siècle, jusqu’à affirmer que « si Clément XII n’avait pas excommunié la franc-maçonnerie et porté un coup terrible au spiritualisme maçonnique, celle-ci n’aurait pas dérivé vers l’athéisme » !

L’essai de M.-P. Raffaelli-Pasqualini est une brillante étude sur la fascination qu’avait Napoléon Bonaparte pour le Christ et qui aboutira non pas à une imitation spirituelle, comme chez les saints, mais à une sorte d’identification mimétique : Napoléon en messie, en sauveur, en héros. D’innombrables œuvres d’art, de son vivant ou après sa mort, chercheront à établir le parallèle.

Yves Chiron

LE RÊVE DE L’ASSIMILATION
RAPHAËL DOAN
Passés composés, 2021, 346 pages, 22 €

Remontons aux années 1960. Encore à cette époque, la très forte majorité des familles de France, en général d’ascendance terrienne, proche ou plus lointaine, avaient des grands-pères ou des grands-oncles, de toute façon des parents, qui avaient fait la Grande Guerre, souvent y avaient été tués ou blessés. Ces familles, aux attaches provinciales variées, appartenaient à une nation ancienne, construite au fil des siècles. Une langue (malgré l’existence légitime de parlers régionaux), une culture, une mémoire, donnaient à celle-ci sa singularité et, sur le continent européen, la différenciaient de chacun des autres pays, tenant aussi à rester eux-mêmes.

Temps antédiluvien ! Car, depuis, un déluge a commencé de nous engloutir – déluge qui n’est pas près de s’arrêter et va mettre le point final à une page d’histoire où la France, les Français, remplacés par on ne sait quoi, auront agi et souffert, créé et déraisonné, au total produit moins de laideur que de beauté, moins de médiocrité que de génie. Disserter, en effet, sur les avantages ou les vertus comparés de l’assimilation, de l’acculturation, de l’intégration (ou de l’insertion, ou de l’inclusion), c’est examiner et tester, parmi plusieurs sauces, la plus adéquate qu’on puisse choisir… pour mieux terminer de nous manger. Parce que si, jadis, la nationalité reçue, l’école et le service militaire pouvaient absorber, en assez petit nombre, des éléments européens culturellement et géographiquement voisins, maintenant, avec les masses sans cesse gonflées d’immigrés nouveaux surgis de toutes les latitudes et naturalisés à la va-vite (cent douze mille naturalisations accordées en 2019, et seules treize rejetées), avec les appels obsessifs à la « diversité », au « mélange », à une inclusion amoureuse de tous les contrastes, France, mot usé, réalité effacée, a rejoint désormais Ys ou Is, la légendaire cité disparue. Et Raphaël Doan, malgré un savoir (de l’Antiquité à aujourd’hui) très maîtrisé, arrive bien tard pour « repenser un problème » qui, croyons-nous, ne se pose plus.

Michel Toda

SAINT-HILAIRE
Non nos églises ne sont pas mortes
CLAUDIA ET ROBERT MESTELAN
Éditions du Colombier, 2020, 110 pages, 15 € (à commander à Sauvegarde de la chapelle Saint-Hilaire, 64 rue de la Frâche, 84740 Velleron / 09 72 17 67 42 / recsthilaire@gamil.com)

Saint-Hilaire est une église romane du Ve siècle, en ruine, perchée sur un éperon rocheux offrant un somptueux panorama sur le Vaucluse, et au-delà par temps clair, dominant Beaumes-de-Venise.

Claudia et Robert Mestelan avaient déjà une âme de bâtisseurs ayant semé sur les routes d’Europe de nombreux oratoires. Par un heureux concours de circonstances, il leur est proposé de restaurer cette ruine. Épaulés par de nombreux bénévoles, de compagnons du tour de France, ils relèvent magnifiquement ce défi au prix de huit années de travaux dans un environnement difficilement accessible, ponctués de nombreux aléas et tracasseries administratives. Le 17 septembre 2019, Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon, consacre l’église devant cinquante prêtres de son diocèse.

Ce livre, magnifiquement illustré, relate cette incroyable et passionnante aventure : un véritable motif d’espérance ! À lire en attendant de pouvoir découvrir sur place ce joyau qui a désormais retrouvé tout son éclat.

Anne-Françoise Thès

NON, LA FRANCE CE N’EST PAS SEULEMENT LA REPUBLIQUE
JEAN-FRANÇOIS CHEMAIN
Artège, 2021, 142 pages, 14,90 €

La France a mal à son âme. Ce constat s’impose à la lecture du dernier essai de Jean-François Chemain, qui pose cette question, équivalente à un symptôme : pourquoi le discours public ne met-il en avant que la République ou les valeurs républicaines tout en ignorant la France et son héritage, en un mot son être profond ? Du seul point de vue chronologique, la France a pourtant bien préexisté à la République comme en témoigne son patrimoine architectural, religieux, linguistique, ainsi que son rayonnement universel, autrement dit tout ce qui a façonné sa civilisation et suscite l’admiration des jeunes Français d’origine étrangère pour peu qu’on veuille bien leur apprendre à aimer leur nouvelle patrie. Or ce programme manque à l’école républicaine qui préfère occulter les épisodes historiques gênants, surtout les injustices infligées à l’Église catholique par l’État issu de la Révolution, et se complaire dans l’auto-culpabilité vis-à-vis de ses supposées fautes hors des frontières.

Étayant sa réflexion sur sa culture historique et son expérience d’enseignant, l’auteur se livre dans un style vigoureux à une analyse très perspicace du mal français. Il montre comment, « dès l’origine, la République a été conçue comme une religion, à vocation universelle, en lieu et place du catholicisme », recourant sans scrupules à la contrainte et au mépris des règles de la démocratie qu’elle affirme pourtant défendre. Un retour à la Grèce antique lui permet d’expliquer en quoi République et démocratie sont pourtant loin d’être synonymes ; la perte du sens du bien commun entraîne trois types de déviations : tyrannie, oligarchie, démagogie.

La prétention de la République à définir le Bien et le Mal, jusqu’à s’immiscer dans les consciences et à supplanter l’Église, ainsi que son obsession à contrôler l’enseignement, le tout dans une approche teintée de pélagianisme (hérésie selon laquelle chacun se sauve par la force de sa volonté, donc au mépris de la grâce divine) en témoignent amplement et ceci jusqu’à nos jours. En définitive, la laïcité s’est transformée en une idéologie, le laïcisme. Or, pour Chemain, la neutralité de l’État ne doit pas se confondre avec l’athéisme obligatoire car la France est laïque parce que catholique. Il s’agit donc de retrouver un juste équilibre avec l’Église en lui reconnaissant sa légitime autonomie morale. Sans cela, une partie des citoyens venus d’ailleurs, se sentant mal aimés, persévéreront dans leur rejet de la France.

Annie Laurent

Romans à signaler

JUSTICE INDIENNE
DAVID HESKA WANBLI WEIDEN
Gallmeister, 2021, 414 pages, 24,20 €

Dans la réserve indienne lakota de Rosebud, dans le Dakota du Sud, Virgil Wounded Horse vit en louant ses muscles pour rétablir une justice que la police tribale, sans moyen, est incapable de rendre, la police fédérale refusant d’enquêter sur les exactions et crimes qu’elle lui transmet. Au décès de sa sœur, Virgil hérite de la garde de son neveu, Nathan. Or, ce dernier manque de peu de succomber à une overdose et, piégé par des trafiquants de drogue, se retrouve inculpé et risque une lourde peine. En effet, un gang de Denver, en lien avec un cartel mexicain, essaie d’investir la réserve. Aidé de son ex-petite amie, Marie Short Bear, Virgil se lance à la recherche de ces dangereux trafiquants afin de pouvoir innocenter son neveu et protéger son peuple de ce nouveau fléau.

Voilà un roman passionnant parfaitement construit, avec une bonne dose de suspense, et une intrigue qui se développe à bon rythme. Mais son originalité est surtout de nous plonger dans la vie d’une réserve d’Indiens lakotas (l’auteur est membre de la nation lakota, tribu du groupe des Sioux) et de nous montrer comment les Américains traitent avec mépris ces minorités dont c’est pourtant la terre ancestrale. L’auteur le fait sans aigreur aucune, augmentant par là la force du témoignage. Une réussite.

Christophe Geffroy

ABRAHAM OU LA CINQUIÈME ALLIANCE
BOUALEM SANSAL
Gallimard, 2020, 286 pages, 21 €

Faire revivre l’épopée abrahamique à partir du récit qu’en donne la Genèse, mais en la situant dans le contexte d’aujourd’hui : telle est l’idée originale qui a inspiré à l’écrivain algérien l’écriture de ce nouveau roman. Le long voyage du Patriarche, accompagné de ses proches, reprend l’itinéraire biblique, mais l’histoire se déroule ici dans un Proche-Orient frappé par les deux guerres mondiales.

« Nous entrons dans le temps d’une nouvelle Genèse », assurent les protagonistes mis en scène par l’auteur. Faut-il donc « actualiser la geste d’Abraham » en la réécrivant ou bien « la reproduire à l’identique », mais alors « quel est l’intérêt de refaire ce qui a été fait ? » Ces questions surgissent lors des échanges au cours desquels le groupe s’interroge sur les intentions divines et sur les plans à suivre. L’humour ne manque jamais dans ces débats qui laissent aussi place à la lucidité ou encore au doute et à la controverse. Précisément, quelle est-elle cette « nouvelle Alliance » dont la promesse a motivé ces interminables pérégrinations alors que l’humanité « ne croit plus qu’en elle-même, c’est sa nouvelle religion » et que « l’homme entend se donner ses propres commandements et réaliser par lui-même ses propres promesses » ?

Sous sa plume talentueuse, B. Sansal s’est saisi ici d’un sujet qui s’accorde avec une préoccupation toujours actuelle : la quête spirituelle de l’humanité avide de connaître son Créateur.

Annie Laurent

UN MAUVAIS MAÎTRE
FRÉDÉRIC ROUVILLOIS
La Nouvelle Librairie, 2021, 280 pages, 16,90 €

François Desnard est un prestigieux professeur de droit que l’on retrouve égorgé au cœur de Paris. Le commissaire Lohmann, aidé de son adjointe (et maîtresse) la capitaine Nathalie Morin, mène l’enquête. Les suspects potentiels ne manquent pas, tant Desnard apparaît vite comme un monstre d’orgueil à l’ego surdimensionné, ayant humilié nombre de ses collègues et élèves. L’auteur, lui-même juriste et professeur à l’université de Paris, nous décrit un monde qu’il connaît visiblement bien : mais cela s’apparente vite à « Règlement de comptes à OK Corrail », tant personne n’échappe à sa verve truculente ! Si Desnard est particulièrement odieux, son épouse ou ses collègues ne valent guère mieux et tout ce petit monde universitaire, enfermé sur lui-même, est rhabillé pour l’hiver. Ce roman est fort bien écrit, d’une plume alerte et non sans humour, il se lit ainsi fort agréablement. Mais c’est tellement caricatural que cela sonne faux.

Christophe Geffroy

© LA NEF n°336 Mai 2021, mis en ligne le 31 mai 2021

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