Cinéma Juin 2021

Maria Montessori

Ce beau film italien date de 2007. Une ancienneté qui en dit long sur l’importance du métier de distributeur de films. Saje lui ouvre les écrans français, par le DVD et la VAD, il faut l’en remercier. Car ce long film est très agréablement mis en scène par Gianluca Maria Tavarelli et ses qualités visuelles le mettent à la hauteur de son grand sujet. Maria Montessori (1870-1952) est un nom que tout le monde connaît, comme tout le monde sait, au moins vaguement, qu’elle a révolutionné la pédagogie par une méthode d’une nouveauté radicale, aujourd’hui appliquée dans le monde entier. Nous la découvrons dans le film alors qu’elle va devenir la première femme médecin d’Italie. Le film évoque bien la surprise et l’hostilité des étudiants devant une femme dans leurs rangs. Maria se montre tranquillement féministe, avec une féminité et une grâce qui vainc les réticences. Le charme de l’actrice Paola Cortellesi est pour beaucoup dans l’agrément du film, qui la voit bellement vieillir, dans la première moitié du vingtième siècle. Elle gravit les marches de la célébrité, lue et commentée plus ardemment à l’étranger qu’en Italie, et résistant aux entreprises de mainmise de Mussolini quand celui-ci arrive au pouvoir. Le spectateur est pourtant gêné de n’avoir que des évocations partielles et sommaires de sa méthode au profit du fils illégitime de Montessori. C’est le défaut de ce film, si riche par ailleurs.

Le plus beau des cadeaux

Le documentariste espagnol Juan Manuel Cotelo joue au début à être le metteur en scène d’un western dont la fin ne lui plaît pas. Il est fâché de ces règlements de compte stéréotypés. Il va parcourir le monde pour donner une autre fin à son film. Il découvre des personnalités extraordinaires, ayant subi d’immenses malheurs, qui ont su renaître grâce à la force du pardon. En France, Cotelo rencontre Tim Guénard, abandonné petit par sa mère, au bord de la route, puis battu presque à mort par son père, mais qui a su donner un incroyable pardon. Il rencontre ensuite la journaliste et écrivaine espagnole Irène Villa Gonzalez qui, à 12 ans, a perdu ses jambes dans un attentat de l’ETA. Sans amertume, après avoir pardonné, elle est devenue une skieuse para-alpine qui donne d’admirables leçons de bonheur. Juan Manuel croise aussi un terroriste de l’IRA, poseur de bombes repentant. Bien que catholique il n’a découvert l’Évangile qu’en prison. Il demande pardon et c’est aussi bouleversant qu’un pardon donné. Cotelo écoute, stupéfait, le Mexicain Francisco Santoscoy qui a attendu cinq ans, sans un mot, le retour impensable de sa femme volage. La gorge se serre quand on entend les mots de pardon des victimes du génocide rwandais, capables d’embrasser les bourreaux d’hier. Ces attitudes impensables sont aussi celles des victimes des FARC en Colombie. Les voir serrer dans leurs bras les auteurs de leur malheur tient du miracle. C’est d’un miracle de ce genre que rêvait Juan Manuel pour finir son western. On va voir que ça n’est pas morose !

François Maximin

© LA NEF n°337 Juin 2021

À propos François Maximin

chroniqueur cinéma de La Nef.