École : comment transmettre ?

Jeunisme, bougisme, culture de la repentance… Autant le dire sans détour, la transmission n’a pas la cote. Pourquoi transmettre, si l’on est « infâme », pour reprendre le mot de Voltaire, dans ses idées comme dans ses œuvres ? N’est-ce pas une violence de mauvais goût ? Ne faut-il pas laisser les jeunes inventer l’avenir ? Plus que jamais atteints par la crise de l’autorité, les adultes ne transmettent plus ni la civilisation, ni la civilité. Pas étonnant, donc, qu’on ait tant de mal à assurer la pérennité de la foi, cible de multiples procès en illégitimité au même titre que le sont les savoirs profanes depuis les années 1960. Soyons justes : certains établissements de l’Enseignement catholique ont pris des initiatives visibles pour assurer plus efficacement la transmission de la foi depuis une petite dizaine d’années. Les manuels de catéchisme sont moins indigents que le tristement célèbre Pierres vivantes publié en 1981. On y ose célébrer la messe autrement que dans le gymnase et de manière optionnelle à des horaires improbables. Pour autant on parle d’« éveil à la foi », ce qui est clairement minimaliste, et l’on est assez éloigné de la transmission structurée et intellectuellement ambitieuse de la foi chez les jeunes catholiques…
C’est dans ce contexte que se sont multipliées les écoles hors contrat, créées à l’initiative de catholiques pratiquants. Des traditionalistes ont ouvert la voie, puis, depuis une dizaine d’années se sont multipliées des initiatives issues de « sensibilités » catholiques variées. En cette rentrée, douze nouveaux établissements scolaires catholiques hors contrat ont ouvert leurs portes… sur une bonne centaine de créations, toutes pédagogies et confessions confondues. Voilà qui témoigne d’une belle vitalité et multiplie par deux le nombre de créations par rapport à l’année dernière, en dépit d’un contexte particulièrement hostile : fragilisation économique et psychologique des familles à cause de la Covid, loi confortant le respect des principes républicains qui stigmatise en fait les parents croyants qui souhaitent faire des choix éducatifs d’abord motivés par des considérations religieuses…

Les trésors de la foi et de la culture
Il sera néanmoins difficile à ces établissements d’être des écoles catholiques de manière… intelligente. Le monde catholique s’est rétréci ; il vit aujourd’hui une crise intellectuelle, morale et esthétique durable et profonde. Il faudra du cœur et de l’ingéniosité à ces écoles pour préparer les enfants à faire bon usage de leur liberté, qui fait le prix… et la difficulté, de la condition humaine. Alors que la perte de culture religieuse est si flagrante, l’urgence pour les écoles est de transmettre la culture catholique de manière rigoureuse, mais aussi généreuse, et ambitieuse (selon des modalités adaptées à l’âge bien sûr) : histoire de l’art chrétien et de l’Église, métaphysique, littérature et philosophie, connaissance rigoureuse de la foi, pratique du chant religieux, apprentissage du latin et des chants chrétiens y compris grégorien, connaissance de la liturgie et de l’apologétique, pratique de la charité concrète loin de tout tourisme caritatif (engagement régulier dans la durée auprès de personnes rejetées, éprouvées ou isolées par exemple…). Les écoles n’ont pas besoin d’être confessionnelles stricto sensu pour faire cela, de même que les élèves n’ont aucune nécessité d’être catholiques pour en tirer bénéfice. Notre culture occidentale est si radicalement imprégnée de christianisme que toute transmission ambitieuse de la culture classique met ipso facto sur la voie de celui qui est la Vérité et la Vie. Une école est par excellence le lieu de la formation de la Raison. Il est temps de nous en souvenir pour ne pas la laisser aux hérauts de la bien-pensance intellectuelle, (bio)éthique et morale… Il n’y a aucune charité à priver les jeunes générations des trésors de la foi et de la culture, dont chacune est un miroir de l’autre.

Anne Coffinier
Présidente de l’association Créer son école
anne.coffinier@creer-son-ecole.com

Le gnangnan tuera la foi

Affligeant spectacle ô combien banal de panneaux disposés dans les églises portant les « productions artistiques » des enfants de l’« éveil à la foi ». Qui habitue ainsi l’âme des petits à la médiocrité satisfaite, dont je doute qu’elle mène à Dieu ? Voyez ici des exemples pris en août dans la magnifique abbaye de Tournus (cf. photo ci-dessus). La dame caté aura même fait faire à ces malheureux enfants un drapeau gay… Avec une histoire mièvre, sans dimension religieuse. Mais à quelle fin ? Plus loin, un travail nettement plus intéressant réalisé, en anglais, par des élèves du Collège – public ! – en bagatelle de Tournus : l’histoire de l’abbaye présentée dans une reproduction de livre médiéval ! – A.C.

© LA NEF n°240 Octobre 2021