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La pierre d’achoppement d’Alexis de Tocqueville

Tocqueville est un penseur de génie qui a anticipé en partie le monde actuel, mais il s’est heurté à une pierre d’achoppement : comment concilier esprit révolutionnaire et égalité démocratique.

I

Alexis de Tocqueville est un grand esprit de la famille des hérissons. Les écrivains, dit à peu près Isaiah Berlin, se distribuent en deux espèces : les hérissons qui restent dans le même lieu intellectuel leur vie durant et les renards qui s’ébattent de place en place. L’écrivain politique Tocqueville a choisi délibérément la tactique du hérisson (les piquants en moins), il resserre sa pensée autour de quelques idées-mères dont il explore toutes les facettes et dont il poursuit inlassablement toutes les implications. Quelles idées-mères ? Elles tiennent, semble-t-il, en trois propositions :
1) La grande affaire du monde moderne, c’est la démocratie ou l’égalité ;
2) La grande cause par excellence, c’est la liberté ou plus précisément la liberté associée à l’esprit de religion ;
3) Le parasite ou l’importun, c’est la révolution ou plutôt l’esprit révolutionnaire.
Toute la vie intellectuelle de Tocqueville se résume à une réflexion sur ces thèmes, une réflexion opiniâtre et tourmentée d’où sont sortis deux grands livres : De la démocratie en Amérique (1835 et 1840) d’abord dont le premier volume fit de lui un homme célèbre à trente ans, et puis quand le coup d’État du 2 décembre 1851 le rendit à son métier d’auteur L’Ancien Régime et la Révolution (1856) dont le second volume est resté inachevé. Entretemps Tocqueville s’était engagé avec cœur dans le métier politique – il fut député de 1839 à 1851 et un temps ministre sous la IIe République – mais il resta toujours un homme politique en marge et ses ambitions furent déçues. En toutes circonstances il demeura indéfectiblement fidèle à la même cause, celle qui inspira toute sa vie : la cause libérale (version tocquevillienne).
Cette grande œuvre cependant est une œuvre inaccomplie. Tocqueville n’est pas parvenu à résoudre le problème qui est au cœur de sa pensée – il tâtonne, rectifie, reprend et jamais n’aboutit. Ce problème est celui-ci : comment penser d’un seul tenant cette grande révolution démocratique ou égalitaire qui engendre aujourd’hui un monde nouveau et cet événement formidable et singulier que fut la Révolution française ? Comment penser ensemble la dynamique de l’égalité et celle de la Révolution, ou plus précisément comment emboîter la dynamique de la Révolution dans celle de l’égalité ?

Un monde nouveau
D’un côté Tocqueville est intimement con­vaincu que sur les terres nouvelles d’Amérique et au sein des vieilles sociétés d’Europe, les temps ont changé ou sont en train de changer. Un même destin commande : les Américains sont nés égaux, les Européens sont en train de le devenir. La grande révolution démocratique qui travaille l’humanité chrétienne depuis des siècles est parvenue à un seuil : un monde meurt, celui de la vieille société aristocratique, une ère nouvelle s’ouvre, celle de la société moderne, caractérisée par l’état social démocratique. D’un monde à l’autre, les relations entre les hommes ont changé de nature. La société moderne est radicalement nouvelle et cette nouveauté tient à l’esprit qui l’anime, l’esprit démocratique : les hommes s’y pensent, s’y sentent égaux.
D’un autre côté Tocqueville est tout proche de cette Révolution française qui a stupéfait le monde, qui a envoyé en prison ou à l’échafaud ses parents, grands-parents et son arrière-grand-père (Malesherbes), et qui semble bien mettre l’histoire politique française à part. Comment déchiffrer ce que les contemporains ont perçu comme une tempête inouïe et sans précédent ? Pour Tocqueville, le sens général de l’événement est clair, il découle de sa vision de l’Histoire : la Révolution s’inscrit dans un mouvement qui la dépasse, elle est une « révolution démocratique » en ce sens qu’elle s’insère dans la marche du monde moderne vers l’égalité. Mais pourquoi cette marche vers l’égalité a-t-elle pris ici cette allure effrénée et sanglante ? Comment penser ensemble mouvement démocratique et crimes jacobins ? La difficulté taraude Tocqueville et nourrit son inquiétude sur l’avenir politique de la France. Il y a eu, explique-t-il, au cours de cette révolution démocratique, un élément parasite qui s’est greffé sur elle. La Révolution a commencé par le magnifique élan de 1789 où s’alliaient l’esprit d’égalité et l’esprit de liberté puis elle a rapidement dérapé sous l’emprise de cet esprit parasite, un esprit de rupture, de violence et de tyrannie, qu’il nomme d’après Royer-Collard l’esprit révolutionnaire. Tocqueville est ici au diapason des autres libéraux de son temps, il est amené à trier au sein de la Révolution et de son héritage le bon grain de l’ivraie. L’homme politique Tocqueville s’est opposé à Guizot, il n’en partage pas moins le même objectif : purger la France postrévolutionnaire des survivances de l’esprit révolutionnaire, en ce sens terminer la Révolution.

L’esprit révolutionnaire
Mais la difficulté subsiste : quelle est l’origine, la postérité de cet esprit révolutionnaire qui a engendré tant de malheurs ? En termes tocquevilliens, la question se complique : d’où vient cet esprit parasite des temps démocratiques ? Quel est son avenir au sein des sociétés démocratiques ? Et en définitive : quels rapports entretiennent l’esprit révolutionnaire et l’esprit démocratique ? Tocqueville n’a cessé de buter sur ces questions.
Il les a pourtant tournées et retournées dans tous les sens dans La Démocratie en Amérique, et surtout le second volume, où court une comparaison implicite entre la version américaine de la démocratie, une démocratie sans révolution (nul « Ancien Régime » à détruire) et la démocratie à la française, née sous la forme d’une révolution démocratique. Mais Tocqueville hésite, oscille, en fin de compte semble déclarer forfait. Il présente d’abord les passions révolutionnaires comme des passions démocratiques poussées à l’extrême puis il les oppose en expliquant que l’esprit démocratique tend à éteindre les passions révolutionnaires. La question n’est pas tranchée (1). Elle ne l’est pas davantage dans L’Ancien Régime et la Révolution où il joue à nouveau sur deux registres. D’un côté il développe avec force sa thèse fameuse, fidèle à son idée-mère, qui fait rentrer la Révolution dans le rang : la subversion révolutionnaire n’a fait que poursuivre la subversion monarchique de la vieille société aristocratique et perfectionner à son tour l’État centralisé que couronnera l’œuvre de Bonaparte ; la Révolution n’est donc qu’un moment parmi d’autres, même s’il est particulièrement agité et violent, de la marche continue vers l’égalité. Mais d’un autre côté il donne les éléments d’une autre interprétation où la Révolution reprend les couleurs d’un phénomène neuf, inédit dans l’Histoire : des principes qui sont une « religion nouvelle », des acteurs qui sont des « êtres nouveaux », « d’une espèce inconnue »… autrement dit, cet esprit révolutionnaire qui a quelque chose d’irréductible et sur lequel achoppe toujours l’idée-mère de Tocqueville. Une part de la Révolution reste énigmatique et jusqu’au bout Tocqueville se heurtera à cette énigme. Voici ce qu’il écrivait un an avant sa mort à son ami intime Kergorlay alors qu’il travaillait au second volume de L’Ancien Régime et la Révolution :
« Il y a de plus dans cette maladie de la Révolution française quelque chose de particulier que je sens sans pouvoir le bien décrire, ni en analyser les causes. C’est un virus d’une espèce nouvelle et inconnue. Il y a eu des Révolutions violentes dans le monde ; mais le caractère immodéré, violent, radical, désespéré, audacieux, presque fou et pourtant puissant et efficace de ces révolutionnaires n’a pas de précédents, ce me semble, dans les grandes agitations sociales des siècles passés. D’où vient cette race nouvelle ? Qui l’a produite ? Qui l’a rendue si efficace ? Qui la perpétue ?.. Indépendamment de tout ce qui s’explique dans la Révolution française, il y a quelque chose dans son esprit et dans ses actes d’inexpliqué. Je sens où est l’objet inconnu, mais j’ai beau faire, je ne puis lever le voile qui le couvre. Je le tâte comme à travers un corps étranger qui m’empêche soit de le bien toucher, soit de le voir » (2).

II

Reprenons. Vue par Tocqueville, la scène moderne se présente ainsi : la cause de l’égalité a gagné mais la cause de la liberté se trouve toujours en balance. La cause de l’égalité a gagné parce que la société aristocratique est morte ou en train de mourir irrévocablement. L’esprit aristocratique s’efface qui était un esprit faux mais dont il faut néanmoins tenter de préserver un élément : l’esprit d’excellence. En revanche la cause de la liberté, celle à laquelle Tocqueville est attaché de toutes ses fibres, est en suspens, hypothéquée par les conséquences possibles du mouvement démocratique, menacée directement en France par ce qui survit de l’esprit révolutionnaire. De là découlent les deux questions qui sont au cœur de la pensée de Tocqueville et dont on a vu qu’il ne les a jamais dissociées :
1) quelle est la logique de cet esprit démocratique, quels dangers fait-il courir à la liberté humaine (et à l’excellence humaine) ?
2) quelle est l’origine et la postérité de cet esprit révolutionnaire qui empoisonne la politique française depuis la Révolution ?
Or c’est en voulant penser d’un seul tenant ces deux questions qu’il s’est condamné au rouet. Tocqueville n’a considéré l’esprit révolutionnaire que comme une maîtresse abusive ou une fille bâtarde de l’esprit démocratique, par là il s’est interdit de penser, ou de penser jusqu’au bout, cet esprit révolutionnaire comme un rival de plein droit de l’esprit démocratique et de nature à le subvertir totalement. Convaincu que le monde moderne était façonné d’abord et avant tout par l’esprit démocratique, il est resté prisonnier d’une vision trop homogène du monde et par là d’une vision trop homogène de la Révolution française. Tocqueville a été l’analyste génial de l’esprit démocratique. Sa pierre d’achoppement a été l’esprit révolutionnaire. Il a mis en lumière la dynamique de l’égalité, il n’a pas su déchiffrer la dynamique révolutionnaire.
Peut-être Tocqueville est-il resté prisonnier d’une autre manière de l’esprit démocratique. Je veux dire ceci : les acteurs privilégiés de l’Histoire selon Tocqueville, ce sont les hommes ordinaires, leurs idées et leurs sentiments. Ce sont les hommes moyens qui animent, conduisent les sociétés démocratiques, dans le cas de la Révolution française ce sont « les Français » ou « la nation » qui en règle générale font l’Histoire. Tocqueville sous-estime le rôle des minorités au sein du processus révolutionnaire et peut-être aussi au sein de la dynamique égalitaire. Sans doute note-t-il à plusieurs reprises le rôle que jouent les minorités sous la Révolution et les pratiques d’usurpation de la volonté du peuple, mais il ne pense jamais jusqu’au bout cette subversion qui ne fait pas que corrompre la démocratie politique mais la transforme en une fiction ou une apparence. La pente de son esprit le ramène toujours à des causes générales et à la logique démocratique qui est l’idée-mère de son interprétation. En cela, il cède, semble-t-il, à un travers où il voit lui-même un penchant de l’esprit démocratique : l’abus des idées générales.
Aux États-Unis, Tocqueville a vu un peuple maître de lui-même, en France il a entendu résonner au travers de la mémoire du temps et de ses propres recherches la rhétorique révolutionnaire invoquant inlassablement la « volonté du peuple ». N’a-t-il pas été victime de ce que Augustin Cochin appelle le grand fétiche de la Révolution française : le « Peuple » acteur de son Histoire ?

III

Si cette interprétation est juste, Tocqueville est un guide incomparable pour comprendre une grande part du monde moderne mais non tout le monde moderne. De fait l’Histoire s’est chargée à la fois de le confirmer et de le démentir.
Dans le second volume de La Démocratie en Amérique, il y a, on l’a noté, bien des variantes, mais il y règne malgré tout une tonalité dominante : le risque révolutionnaire tend à s’effacer au sein des sociétés démocratiques, grâce pour ainsi dire à l’esprit démocratique qui porte à une vie paisible, repliée sur la sphère privée, orientée vers le bien-être et dénuée de passions politiques. Le point d’orgue de cette analyse est le chapitre fameux où l’auteur prend l’exact contrepied de l’opinion courante et des justifications que donne Guizot à la « politique de résistance » qu’il préconise, c’est-à-dire le chapitre où il explique « pourquoi les grandes révolutions deviendront rares » dans les siècles démocratiques. L’inquiétude de Tocqueville change alors d’objet : non plus le risque d’une nouvelle révolution politique – la Révolution française est terminée – mais les conséquences possibles ou prévisibles du mouvement démocratique, l’atomisation sociale, l’individualisme extrême, le développement d’une nouvelle forme de despotisme (un pouvoir tutélaire, envahissant mais prévoyant et doux, un État-providence, version extrême, en quelque sorte).

Une vision prémonitoire
Mais Tocqueville a anticipé sur l’Histoire et en particulier sur l’Histoire de France. Cette démocratie paisible où triomphe l’individualisme, cette société tranquille où l’esprit d’égalité et les ambitions matérielles énervent les âmes mais n’excitent nulle passion politique, ce n’est pas la France du XIXe siècle où subsiste l’esprit révolutionnaire, c’est la société française d’aujourd’hui où les traditions révolutionnaires sont mortes, c’est plus généralement la société occidentale de notre temps où l’individualisme égalitaire déploie depuis peu toute sa force. Relue aujourd’hui, La Démocratie en Amérique témoigne d’un éclatant génie de sociologue. En creusant la dynamique de l’égalité, Tocqueville déchiffre notre vie sociale, donne les clefs pour comprendre nos relations avec nos semblables.
En revanche il a préjugé à tort de l’avenir politique de la France. Le démenti – la révolution de 1848 – n’a pas tardé, sonnant le glas de ses illusions. Il les a d’ailleurs avouées lui-même dans un passage de ses Souvenirs où perce un sentiment de désespoir : la Révolution française finira-t-elle un jour ? La France pourra-t-elle un jour gagner le port ?
« La monarchie constitutionnelle avait succédé à l’Ancien Régime ; la République à la Monarchie ; à la République, l’Empire ; à l’Empire, la Restauration ; puis était venue la Monarchie de Juillet. Après chacune de ces mutations successives, on avait dit que la Révolution française, ayant achevé ce qu’on appelait présomptueusement son œuvre, était finie : on l’avait dit et on l’avait cru. Hélas ! Je l’avais espéré moi-même sous la Restauration, et encore depuis que le gouvernement de la Restauration fut tombé ; et voici la Révolution française qui recommence, car c’est toujours la même. À mesure que nous allons, son terme s’éloigne et s’obscurcit… J’ignore quand finira ce long voyage ; je suis fatigué de prendre successivement pour le rivage des vapeurs trompeuses, et je me demande souvent si cette terre ferme que nous cherchons depuis si longtemps existe en effet, ou si notre destinée n’est pas plutôt de battre éternellement la mer » (3).
Il faudra du temps à la France pour arriver au port et le temps des révolutions ne sera pas encore fini. Au XXe siècle, la Révolution bolchevique prendra le relais dont les acteurs se présenteront comme les héritiers de la Révolution française. Les bolcheviks mettent également à bas une vieille société aristocratique et ils construisent sur ses décombres un ordre social nouveau qui se glorifie d’incarner la vérité de la démocratie. Pourtant la dynamique de cette révolution échappe manifestement aux catégories de Tocqueville et ses analyses ne sont pas ici d’un grand secours. Il y a autre chose (4). Tocqueville parle d’or mais dans un registre seulement.

IV

Tocqueville n’explique pas toute la Révolution française, il n’explique pas tout le monde moderne. L’un et l’autre sont liés. Il y a plusieurs dynamiques à l’œuvre au sein du monde moderne, il y a plusieurs dynamiques nées de la Révolution française : la dynamique de l’égalité et celle que nous appellerons la dynamique de l’idéologie. La Révolution française n’est donc pas un bloc, elle est composite. Mais elle ne doit pas être décomposée de la manière classique, celle des libéraux du XIXe siècle qui opposaient 1789 et 1793. La distinction, semble-t-il, joue dès 1789.
Ce caractère composite explique pourquoi la Révolution française a pu être tantôt opposée, tantôt apparentée à la Révolution américaine. D’une part, la Révolution française est animée d’une dynamique propre qui fait sa singularité et dont l’héritage explique largement la spécificité de l’Histoire politique française. C’est cette même dynamique ou une dynamique de même type qui a animé la Révolution à l’Est et dont la force acquise s’est brisée avec l’effondrement du régime soviétique ; et c’est cet héritage qui vient de s’effacer de la politique française. En ce sens la Révolution française est terminée.
D’autre part la Révolution française est de la même famille que la Révolution américaine : elle marque l’entrée dans le monde de l’égalité. Et c’est cette dynamique de l’égalité qui redouble aujourd’hui, entraînant aussi bien la société américaine que la société française. En ce sens la Révolution (française ou américaine) continue. Ainsi s’explique, nous semble-t-il, la fin de l’exception française.
Si cette analyse est juste, la période contemporaine est une période de rupture, même si elle n’est pas toujours perçue comme telle. La Révolution française n’a pas seulement provoqué une explosion formidable qui a ébranlé le monde et allumé un brasier dont le feu vient seulement de s’éteindre, elle a, en même temps que la Révolution américaine, posé une bombe à répétition dont les effets travaillent nos sociétés et les travaillent comme jamais depuis « l’explosion » des années 1960. Le statut de la politique, la nature des relations sociales en ont été profondément modifiés.
Tocqueville est mort sous l’Empire autoritaire affligé de tristesse. Lui qui n’avait jamais réfléchi sur l’Histoire que pour éclairer l’avenir et promouvoir la cause d’une liberté réglée et digne, il voyait le présent, un aventurier devenu despote, les coquins au pouvoir, la servilité sans vergogne, démentir ses analyses et ses espérances. Serait-il délivré aujourd’hui de sa tristesse ou de son anxiété ? Certes la Révolution française comme révolution politique est terminée, mais la révolution démocratique dont il redoutait les conséquences déborde de toutes parts. Interminable Révolution.

Philippe Bénéton

(1) Voir Jean-Claude Lambert, Tocqueville et les deux démocraties, Paris, PUF, 1983. L’auteur détaille avec finesse les variantes de la pensée de Tocqueville mais il en tire des conclusions à nos yeux contestables.
(2) Correspondance Tocqueville-Kergorlay, O.C.T., XIII, vol. II, Paris, Gallimard, 1977, p. 337-338 (lettre du 16 mai 1858). Sur L’Ancien Régime, v. les analyses de François Furet dans Penser la Révolution française, Paris, Gallimard, 1978, p. 173-211 et dans le Dictionnaire critique de la langue française, sous la direction de F. Furet et Mona Ozouf, Paris, Flammarion, 1988 (art. Tocqueville).
(3) Souvenirs, O.C., T. XII, Paris, Gallimard, 1964, p. 87.
(4) Comme il y a, et cette fois-ci de façon évidente, autre chose dans le cas du nazisme qui rompt officiellement avec l’universalisme démocratique et se met délibérément en marge du monde dont parle Tocqueville. Nous ne traiterons pas ici du phénomène nazi qui d’une certaine manière apparaît comme un corps étranger (délibérément barbare) au sein du monde moderne. Autrement dit, la barbarie du nazisme était déjà dans les idées alors que la barbarie du communisme s’est manifestée dans la mise en œuvre d’idées qui n’étaient pas barbares en elles-mêmes mais qui étaient radicalement fausses.

© LA NEF n°340 Octobre 2021, mis en ligne le 12 mai 2022. Cet article a été l’objet d’une première publication dans le Cahier du CERP, Institut catholique de Rennes (Ker Lann), 11, 1996.

À propos Philippe Bénéton

Professeur émérite de Rennes I, il est l’auteur notamment de Le dérèglement moral de l’Occident (Cerf, 2017), Les fers de l’opinion (Puf, 2000), Introduction à la politique (Puf, 1997, rééd. 2010), Le conservatisme (Puf, « Que sais-je ? », 1988).