Marcelo Gullo © De Funeslandia - Trabajo propio-Wikimedia

L’historien Marcelo Gullo face à la cathophobie et la légende noire espagnole 

L’historien argentin Marcelo Gullo Omedeo a récemment battu des records de vente en Espagne avec ses livres, Madre Patria [« La mère patrie », sous-titré : Démonter la légende noire depuis Bartolomé de las Casas jusqu’au séparatisme catalan (2021)] et Nada por lo que pedir perdón (« Pas de raison de s’excuser », sous-titré : L’importance de l’héritage espagnol face aux atrocités commises par les ennemis de l’Espagne(2022)]. Ces deux ouvrages remarquables ont été significativement préfacés par deux personnalités du monde politique et universitaire hispanique, l’ancien vice-président du gouvernement et vice-président du PSOE, Alfonso Guerra et la directrice de l’Académie royale d’histoire, Carmen Iglesias. L’historienne María Elvira Roca Barea avait déjà entrepris, il y a quelques années, de remettre les pendules à l’heure en publiant deux ouvrages non-conformistes majeurs Imperiofobia y leyenda negra / « Phobie de l’empire et légende noire » (2016) et Fracasología / « Échecologie » (2019). Depuis, les initiatives résistantes semblent se multiplier dans la Péninsule. Le réalisateur, scénariste et producteur José Luis López Linares a dirigé un excellent film documentaire historique Espagne. La première globalisation (2021). L’Académie royale d’histoire a créé un portail d’internet où l’on trouve la plus grande information jamais rassemblée à ce jour sur les personnages et événements de l’histoire hispaniqueLes livres et articles en rupture avec la doxa et l’idéologie du « politiquement correct » se succèdent à bon rythmeL’argentin Marcelo Gullo est sans doute l’une des figures les plus en pointe dans cette résistance et ce combat culturel. Fin connaisseur de la biographie du souverain pontife, il n’a pas hésité à rappeler dans le titre évocateur de son dernier livre que « lorsque le pape François était le père Jorge, il considérait qu’il n’y avait pas de raison de s’excuser ». Dans un pays comme l’Espagne, qui depuis des décennies est en voie de déchristianisation et de soumission politique à l’étranger et où, comme dans le reste de l’Europe, les élites politico-culturelles sont fortement influencées par le wokisme, Gullo ne pouvait éviter de provoquer d’importants remous. Gardien de la mémoire collective hispanique, c’est sans faux-fuyants qu’il  rappelle que depuis deux siècles les interventions et agressions nord-américaines dans les pays luso-hispaniques se comptent par centaines pour les majeures et par milliers pour les mineures [La bibliographie sur le sujet est d’ailleurs considérable et on se contentera de citer ici le travail encyclopédique de l’historien argentin Gregorio Selser, Chronologie des interventions étrangères en Amérique Latine / Cronología de las intervenciones extranjeras en América Latina, 4 tomes, México, CAMENA, 2010]. Mais pour vraiment comprendre les raisons de Gullo encore faut-il lui donner la parole. Ses propos francs, directs et décapants, ne manqueront pas d’étonner voire de heurter nombre de lecteurs francophones. L’entretien ci-dessous est le premier de l’auteur à paraître dans l’Hexagone. – Arnaud Imatz


La première question inévitable est : qu’apporte votre livre Rien à se faire pardonner (2022) par rapport à votre best-seller La mère patrie  (2021) ? Que contient-il de nouveau ? 

Il apporte surtout le revers de la médaille. Dans Madre patria, j’expliquais comment l’Espagne était arrivée en Amérique et quelles étaient les œuvres accomplies par elle, en précisant que la monarchie hispanique était un empire, mais qui ne pratiquait pas l’impérialisme. Il n’y a pas eu en effet de colonialisme espagnol en Amérique car, aux yeux des Espagnols, l’Amérique n’a jamais été considérée comme un butin ou une colonie. Il est important de souligner que si l’Espagne s’est érigée en empire, à l’inverse, l’Angleterre, elle, s’est convertie à l’impérialisme. 

Ce qui est curieux dans cette grande falsification de l’histoire mondiale, c’est que l’Espagne a été jugée pour ses actions en Amérique par un « tribunal international » – métaphoriquement parlant – composé de l’Angleterre, de la France, de la Hollande, de l’Allemagne et des États-Unis. Et ce tribunal, qui a condamné l’Espagne à perpétuité, était un tribunal arbitraire qui avait du sang sur les mains. Ce qui est nouveau dans ce livre, c’est la preuve concrète que les membres de ce « tribunal de l’histoire » n’avaient aucune autorité morale pour juger l’Espagne.

Dans ce nouveau livre, vous ne semblez pas craindre de commettre des anachronismes lorsque vous comparez la libération des peuples de Méso-Amérique par les Espagnols aux libérations anglaise, russe et américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi, selon vous, ce « tribunal de l’histoire » bénéficie-t-il d’un soutien social et médiatique à l’étranger alors que c’est le contraire en Espagne ? La conquête a-t-elle signifié oui ou non la fin définitive de la domination sanglante des empires aztèque et inca? 

Cette question est centrale. J’insiste, il y a une grande falsification de l’Histoire universelle. Pourquoi cette falsification a-t-elle eu lieu ? Parce que lorsque Luther a achevé la Réforme et que la noblesse allemande, la noblesse suédoise, la noblesse danoise – et une grande partie du pouvoir politique anglais- sont passés du côté protestant pour s’approprier les biens de l’Église, affrontant le catholicisme, la seule nation qui s’est engagée ouvertement et entièrement à défendre le catholicisme, a été l’Espagne. Une guerre a alors éclaté entre le monde catholique et les puissances protestantes. Cette guerre a été gagnée par ces puissances protestantes (luthériens allemands, calvinistes et anglicans anglais, huguenots français). Et, puisque celui qui gagne la guerre écrit l’histoire, l’histoire de l’humanité a été écrite par les puissances victorieuses qui avaient vaincu l’Espagne et, par extension, le catholicisme. 

Or, il est important de noter que la rupture de Luther en Europe impliquait la rupture interne de la chrétienté occidentale. Et les peuples devenus protestants ont commencé à se séparer ; ils ont perdu leur contenu chrétien dans l’essence (pas dans la forme) et il n’est plus resté que leur caractère occidental. Ils ont dès lors commencé à défendre le syllogisme selon lequel ce qui est utile est bon et ce qui est utile est ce qui me fait gagner de l’argent, parce que la richesse – comme le dit Calvin – est un signe de la prédestination divine. Ce calvinisme qui s’enracine en Angleterre devient donc nécessaire pour convaincre le peuple (qui n’a jamais été anti-hispanique) que l’Espagne est l’ennemie. Car l’Angleterre veut non seulement s’emparer des biens de l’Église, mais aussi de l’Amérique. C’est ainsi qu’est né un impérialisme calviniste britannique qui a mené une guerre à mort contre la monarchie catholique espagnole. La dernière bataille de cette guerre, dont l’Angleterre sortira finalement victorieuse, est l’occupation anglaise (qui n’est jamais étudiée en Espagne). Soulignons-le, il ne s’agit ni d’une libération ni d’une aide, mais d’une véritable occupation de la péninsule ibérique par les troupes britanniques sous prétexte d’affronter l’armée napoléonienne. À cette époque, l’Espagne, fracturée, voit deux ennemis occuper simultanément la péninsule : les troupes napoléoniennes et les troupes britanniques. Et l’armée britannique détruit toute l’industrie espagnole, anéantissant ainsi toute possibilité d’autonomie. 

Dès lors, la défaite de Napoléon, l’anéantissement de l’industrie espagnole et l’indépendance des républiques hispano-américaines, devenues des républiques impuissantes, se succèdent. L’Angleterre devient la puissance hégémonique du monde et l’Occident devient synonyme d’impérialisme. Pourquoi ? Parce que l’Angleterre va exploiter les peuples du monde à travers cet impérialisme fondamentalement anticatholique. Quand l’Angleterre devient le «maître du monde», l’Occident devient une page écrite par l’impérialisme britannique dans le livre de l’histoire de l’humanité. Et dans cette histoire, l’Espagne est un monstre, un monstre qui a dévoré l’Amérique, qui a fait un génocide. Le monstre, c’est l’Espagne et eux, qui étaient le véritable monstre qui avait dévoré le Nouveau Monde, les génocidaires des peuples indigènes d’Amérique du Nord, des peuples australiens, auteurs également du génocide en Tasmanie, passent pour des chevaliers du monde. Car, en fin de compte, c’est l’Angleterre qui écrit l’histoire. 

L’antagonisme entre le catholicisme et le protestantisme comme deux façons de voir le monde est sous-jacent à votre travail. N’est-ce pas là le véritable contentieux de la « légende noire antiespagnole »? 

Il s’agit en effet de deux visions du monde complètement différentes. Deux façons antithétiques de voir le monde. L’Empire espagnol représentait la forme politique du catholicisme : une monarchie catholique, c’est-à-dire universelle. Il considérait tous les hommes comme égaux, avec les mêmes droits. Il considérait que l’homme est à la fois esprit et matière. Et que, par conséquent, il doit y avoir une harmonie entre l’individu et la communauté. Une harmonie entre le matériel et le spirituel. Et cela doit s’incarner dans l’économie. C’est en ces termes que pensait l’école théologique espagnole, qui allait développer les conditions d’une économie qui ne soit pas basée sur l’utilitarisme, qui considère l’homme comme un tout, corps et âme, comme individu et comme membre de la communauté. 

Une fois que l’Espagne a perdu l’hégémonie mondiale, il faudra attendre des années et des années pour que Léon XIII, dans l’encycliqueRerum Novarum (1891), reprenne la pensée de l’école théologique espagnole ; il dit en substance ceci : « Messieurs, la propriété n’est pas un vol comme le croient les marxistes, le marxisme se trompe, mais la propriété n’est pas non plus absolue comme le soutient le libéralisme. La propriété est une fonction du bien commun, car Dieu a donné la terre à tous les peuples du monde, et non à certains. Par conséquent, aux yeux de Dieu, on n’est pas le propriétaire, mais l’administrateur de ce bien ». Cette idée était déjà présente dans la pensée espagnole de l’École de Salamanque. Et je mentionne la question de la propriété simplement comme un exemple de ce que l’Espagne pensait, comme une manière de comprendre le monde et, par conséquent, de comprendre l’économie, différente de ce que l’impérialisme calviniste britannique établira plus tard. 

Vous parlez de l’universalisme inhérent à la monarchie hispanique. Qu’est-ce qui la distingue, par exemple, des empires britannique et hollandais ? 

C’est très simple, je l’ai déjà mentionné. Il y a des impérialismes. Il n’y a pas d’Empire britannique, pas plus qu’il n’y a d’Empire néerlandais, il y a des impérialismes britannique et néerlandais. Je l’explique dans Madre Patria. L’Angleterre, quand elle arrive quelque part, a pour politique d’exterminer l’aborigène, l’Indien. D’où la matrice calviniste. Ce n’est pas un événement exceptionnel, c’est justifié. Le fondement théologique détermine la politique. Ainsi l’Angleterre dit – avec Calvin – que « le péché originel a mis l’homme à mort, et le Christ est venu sauver le petit nombre ». Qui ? « Nous qui sommes les vrais chrétiens. Nous, les Britanniques, qui sommes la nouvelle nation choisie par Dieu ». Les Aborigènes qui sont spirituellement morts à cause du péché originel doivent également mourir physiquement. Par conséquent, selon cette conception, « le meilleur Indien est l’Indien mort ». Cela découle d’un raisonnement ancré dans la théologie. Un raisonnement selon lequel l’homme tué par le péché originel n’est pas rachetable, et « le nouveau peuple élu, c’est nous ». Il faut donc l’anéantir. 

Lorsque l’Angleterre arrive en Amérique, elle opte pour l’extermination de la population indigène. Lorsqu’elle ne peut techniquement pas exterminer tout le monde parce que la population est trop nombreuse, que fait-elle ? L’apartheid. C’est-à-dire un développement séparé. Ils ne se mélangeront jamais. 

En revanche, l’Empire espagnol ne considère pas le territoire où il arrive comme un butin à exploiter ou comme une colonie. Partant du principe théologique inverse selon lequel « l’homme n’est pas mort à cause du péché originel, mais blessé », les personnes qui se trouvent en face de lui peuvent être rachetées par la foi et, puisqu’elles peuvent être rachetées, je peux me métisser avec elles. Bref, la caractéristique de l’empire – que l’on ne retrouve jamais dans l’impérialisme – c’est le métissage. Et au fur et à mesure que les peuples se mélangent (celui qui est venu avec celui qui était là), ils commencent à former un seul peuple. Alors comment pourrait-il y avoir de l’impérialisme ? Ils sont déjà mélangés. Qui vont-ils donc exploiter ? Eux-mêmes ? 

C’est ainsi que nait la querelle juridico-éthique entre catholiques (monarchie hispanique et royaume du Portugal) et protestants (empire britannique) pour savoir si le Nouveau Monde est res nullius ou res omnium, s’il n’appartient à « personne » ou à « tout le monde ». Croyez-vous que dans le monde anglo-protestant, ce qui est déterminé comme « libre » est, par conséquent, susceptible d’être approprié ? 

Bien sûr, mais convenons encore une fois que les Anglais mentent. Parce qu’ils partent du mensonge que l’Amérique est une terre sans habitants, alors qu’elle en a manifestement eu ! Pourquoi ? Je le répète, la théologie détermine la politique. Ce ne sont pas des hommes, ce sont des morts. Qu’est-ce que c’est ? Vos scientifiques les ont classés comme faisant partie de la faune – comme s’ils étaient des kangourous – et s’ils font partie de la faune, ils peuvent être tués. D’où le génocide des Aborigènes d’Australie ou, pour prendre un autre exemple, le cas de la Tasmanie, où une seule femme a survécu, une seule femme ! 

C’est pourquoi, dans un lieu où la population ne peut être exterminée parce qu’elle est massive, comme l’Inde ou l’Afrique du Sud, le racisme absolu apparaît. Il y a impossibilité de communiquer entre les communautés anglaises, installées pour exploiter le territoire, et le reste de la population autochtone. En aucun cas, les races ne peuvent se mélanger. C’est pourquoi l’impérialisme calviniste britannique peut être considéré comme profondément raciste, un antécédent évident de l’impérialisme nazi. 

Étrangement, les meilleurs historiens hispaniques sont souvent des étrangers. Pourquoi un Argentin explique-t-il mieux l’histoire de l’Espagne que beaucoup d’historiens espagnols ? Dans le prologue, à votre livre l’historienne Carmen Iglesias cite une phrase frappante : « Eh bien, je le crois, parce que c’est un Anglais qui l’a écrit ! 

L’Espagne souffre d’un grand traumatisme. En fait, elle souffre de deux grands traumatismes historiques. Le premier est la guerre de succession (1701-1714), qui se termine par l’établissement à Madrid d’une monarchie qui a toujours détesté ce que l’Espagne représentait, tant sur le plan historique que métaphysique. Cette nouvelle monarchie, étrangère au peuple espagnol, a mis des années à se nationaliser. Ce point est important. Elle a finalement été nationalisée, mais le processus a duré de très longues années. Pendant les quarante premières années, au cours desquelles gouverne le petit-fils de Louis XIV, ennemi de l’Espagne s’il en est, cette nouvelle monarchie prend pour doctrine officielle la « légende noire » ! Elle dit que l’œuvre des Habsbourg, des monarques espagnols avant leur arrivée, a été le génocide, le vol, etc. Donc, de l’aveu des parties, il n’y a pas besoin de preuves. Et cela a provoqué un traumatisme gigantesque. Un traumatisme psychologique et historique, entre autres, parce que la noblesse espagnole ne s’est pas levée et n’a pas dit : « non, sire, ce n’est pas vrai ». La noblesse espagnole était à genoux devant le premier Bourbon. À genoux ! Ce premier traumatisme a fait que l’Espagne ne s’est pas défendue devant son automutilation. 

Vient ensuite le deuxième traumatisme, qui est la destruction de l’Espagne suite à l’occupation française et à l’occupation anglaise (1808-1814), qui ont détruit toute l’économie espagnole. L’Espagne est alors complètement appauvrie et désorientée. S’ensuivent des années de guerre, de déséquilibre et d’instabilité politique, de révoltes, de soulèvements et de flambées. L’Espagne, plongée dans ces convulsions, n’a pas eu le temps de réfléchir sur elle-même. C’est pourquoi l’hispanisme renaît dans l’Amérique hispanique. C’est précisément la raison pour laquelle le grand intellectuel argentin Juan José Hernández Arregui a déclaré : « L’Espagne doit être reconquise [culturellement] depuis l’Amérique latine par les hispano-américains », parce qu’il voit de l’extérieur et sans contamination ce qui est arrivé aux Espagnols de la Péninsule. 

Vous attribuez le complexe d’infériorité espagnol à une gauche majoritaire qui considère l’Espagne comme un mythe, mais aussi à une droite thatchérienne qui admire les idéologues de ce récit prétendument historique. Que diriez-vous à ces deux camps ? 

Il existe un secteur politico-intellectuel de gauche qui déteste l’Espagne. Il déteste tout ce que l’Espagne a représenté dans l’histoire. Un secteur dont la figure la plus représentative n’est autre que M. Pedro Sánchez. Pour lui, l’Espagne est une erreur, et la découverte de l’Amérique, donc, une autre erreur, mais il n’est que l’expression politique d’un groupe de militants déguisés en intellectuels qui ont un grand prêtre à l’université Complutense de Madrid. Un grand prêtre qui, en réalité, n’est rien d’autre qu’un enfant de chœur de l’oligarchie financière mondiale. Il n’y a rien à faire avec ce secteur, parce que c’est comme essayer de parler de couleurs avec des aveugles. Ils partent de l’idée que l’Espagne est un mythe, qu’elle n’existe pas. Ils n’ont pas non plus de bonne volonté, ni de prédisposition à connaître la vérité. Ce sont, je le répète, des militants politiques déguisés en intellectuels, déguisés en chercheurs, déguisés en enseignants. 

D’autre part, la droite est également responsable de cette situation. Cette droite, lorsque l’Espagne a été vaincue et appauvrie, a commencé à admirer ceux qui avaient été ses bourreaux. Sans se rendre compte que le sous-développement permanent que leur patrie allait connaître pendant des années (à partir de 1814) était dû précisément à ceux qu’ils admiraient avec ferveur. Ils admirent en fait l’ennemi anglais qui a détruit l’industrie espagnole. C’est tout à fait incongru. 

Sans mâcher vos mots, vous désignez également les faux prophètes de l’Amérique espagnole que sont Evo Morales, Pedro Castillo [récemment arrêté], Andrés Manuel López Obrador, Gabriel Boric et Gustavo Petro, en les accusant d’être la main-d’œuvre à bon marché de l’impérialisme anglo-saxon. 

Pourquoi dis-je que ces messieurs (Morales, Boric, Petro…) sont la main-d’œuvre la moins chère de l’impérialisme international ? Parce que, à mon avis, l’objectif des puissances anglo-saxonnes (d’abord l’Angleterre, puis les États-Unis) est le morcellement territorial des républiques hispano-américaines. Ils ne sont pas pour autant des « méchants » ? Non, certainement pas. Mais ils ne se rendent pas compte que les petits et minuscules États (plus ils sont petits, mieux c’est) sont plus facilement dominables. Ils poursuivent donc la fragmentation. 

C’est pourquoi, ils encouragent aussi l’indigénisme, car l’indigénisme est né du mythe selon lequel avant l’arrivée de l’Espagne, il y avait un paradis terrestre. A les entendre, il y avait un paradis terrestre précolombien où l’on parlait des milliers de langues différentes, où il y avait des milliers de nations et de peuples différents, et nous devons donc retourner à ce paradis. Et pour cela, il faut rejeter la langue et les valeurs espagnoles, rejeter le catholicisme et reconstituer les républiques indigènes. Tôt ou tard, la langue guajira, la langue mapuche, la langue quechua seront récupérées et protégées, provoquant une fragmentation ethnolinguistique. Cette fragmentation culturelle annonce toujours une fragmentation politique. Evo Morales, Pedro Castillo, Boric et compagnie, s’emparent de l’indigénisme et prétendent aller vers l’existence d’une pluralité de nations et de langues ; faisant cela, ils se placent sur le chemin qui mène inévitablement à la destruction de la nation territoriale. Ils s’alignent ainsi sur les intérêts de l’oligarchie financière mondiale qui a besoin d’États de plus en plus petits. Qui sont-ils eux-mêmes ? Logiquement, la main-d’œuvre bon marché de l’impérialisme anglo-saxon et de l’impérialisme financier international. 

Que peuvent faire les Espagnols pour renverser cette situation alors qu’il existe déjà dans la Péninsule des plans éducatifs qui prétendent commencer à étudier l’histoire de l’Espagne à partir de 1808 ?  

C’est précisément à cela que sert l’histoire. L’Espagne doit mettre fin une fois pour toutes à cette falsification. Les Espagnols doivent mener une « guerre culturelle ». Évidemment, les guerres culturelles ne se gagnent pas en un jour. Pour la vie des peuples, les décennies sont comme un jour dans la vie d’un homme. L’Espagne ne pourra pas sortir de la situation dans laquelle elle se trouve si elle ne gagne pas la grande guerre culturelle entre ceux qui détestent l’Espagne et ceux qui l’aiment. Si ceux qui prétendent aimer l’Espagne ne sont pas prêts à mener cette bataille de longue haleine, alors n’en parlons plus. 

Propos recueillis par Yesurún Moreno reproduits avec l’autorisation de La Gaceta Iberosfera. 

© LA NEF pour la traduction en français réalisée par Arnaud Imatz, mise en ligne le 23 mai 2023