Comme un Hôpital de campagne, de William Cavanaugh

Cet ouvrage du théologien américain William Cavanaugh, proche du mouvement Radical Orthodoxy, dont le titre reprend une expression du pape François, rassemble des articles sur des thèmes chers à cet auteur : la théologie politique et le mythe de la violence religieuse notamment. En ce sens, il forme une introduction à sa pensée, bien que nous conseillerions en première lecture Le mythe de la violence religieuse (Éditions de L’Homme Nouveau, 2009) et Migrations du sacré (Éditions de L’Homme Nouveau, 2010). Cavanaugh est d’un abord assez ardu et les références fréquentes aux débats américains faisant intervenir des auteurs inconnus ne contribuent pas à éclairer sa pensée.

Dans Comme un hôpital de campagne, Cavanaugh nous semble le plus convaincant dans sa dénonciation du mythe de la violence religieuse. Il montre en effet que la religion n’est pas plus à l’origine de la violence que toute autre cause « séculière » (la patrie, la liberté, le commerce, l’idéologie…). Dès lors, « le mythe de la violence religieuse encourage l’idée selon laquelle notre façon occidentale d’écarter la “religion” du pouvoir public est nécessaire pour nous sauver du désordre » (p. 291). Cette démonstration sympathique, néanmoins, glisse rapidement vers une condamnation sans appel de l’État-nation qui se serait imposé à l’occasion des guerres de Religion, l’État devenant la bête noire de notre auteur, au point que des libéraux pourraient le rejoindre sur certains thèmes. Mais son analyse de la formation de l’État nous apparaît incomplète et il ne le voit que d’une façon négative sans prendre en compte les aspects légitimes du mouvement d’émancipation de la féodalité et du holisme si bien analysés par Chantal Delsol dans son œuvre. Certes, un retour au local, une revification des corps intermédiaires et un recul substantiel de l’État sont nécessaires, mais on ne voit pas où Cavanaugh veut concrètement nous emmener avec sa phobie de l’État : s’il idéalise le fonctionnement de la féodalité, il tient pour rien l’enracinement dans une nation et le poids de l’histoire qui l’a érigée.

Enfin, sur l’autre sujet qui lui tient à cœur, celui de la « théologie politique », il y a là aussi des choses intéressantes et stimulantes, mais les développements sont difficiles à suivre avec toujours une impression de position peu claire sur les rapports naturel-surnaturel.

Comme un Hôpital de campagne, de William Cavanaugh, Desclée de Brouwer, 2016, 426 pages, 22,90 €.

À propos Christophe Geffroy

Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).