Jean-Marie Guénois © galazka@mclink.it

Eglise : retour sur les « affaires »

Fondateur de l’agence I.Média à Rome où il a passé une dizaine d’années, puis chef du service religion à La Croix, Jean-Marie Guénois est maintenant rédacteur en chef au Figaro, responsable des affaires religieuses. Il est l’un de nos meilleurs « vaticanistes » et il nous parle ici des « affaires » qui secouent l’Église : « procès Barbarin », témoignage de Mgr Vigano, réorganisation de la « com » du Vatican…

La Nef – Quelle signification a selon vous le « procès Barbarin » ?
Jean-Marie Guénois
– Le procès « Barbarin », il faut le rappeler avec netteté, est avant tout le procès du Père Bernard Preynat, ce prêtre pédophile lyonnais. Il a reconnu les faits. Son jugement est attendu en 2019. Le cardinal Decourtray, informé de ce cas, l’avait déplacé mais ne l’a jamais mis hors course comme cela se pratiquait à l’époque. C’est donc lui le premier responsable hiérarchique de cette affaire. L’honnêteté intellectuelle impose de reconnaître que le cardinal Barbarin a donc hérité de cette situation confirmée, avant lui, par deux autres archevêques de Lyon, Mgr Ballland et Mgr Billé. Il faut aussi intégrer dans l’analyse le fait indéniable que ni les familles, ni les victimes n’avaient jamais porté plainte au civil et ne voulaient pas le faire. Le procès « Barbarin » n’est donc pas tout à fait le sien. Il est vrai – et c’est l’autre volet de l’analyse – que le cardinal Barbarin, très probablement informé du problème, n’a pas réagi assez vite sur le dossier Preynat comme lui reproche l’association de victimes de ce prêtre constituée quand ils ont vu qu’il était toujours en fonction et qu’il avait des responsabilités. Mais il faut aussi observer que le cardinal Barbarin, hormis ce cas ancien, n’a rien à se reprocher dans la gestion de ce type d’affaires depuis qu’il est évêque. Il a toujours immédiatement sanctionné et encouragé l’action de poursuite au civil. Barbarin n’est donc pas le cardinal Law, l’archevêque de Boston qui déplaçait sans vergogne des prêtres pédophiles sans avertir les paroisses suivantes du danger. Il n’est pas non plus Mgr Pican ou Mgr Fort, deux évêques français qui ont été condamnés avec sursis pour cette pratique de « couverture » de prêtres pédophiles selon les consignes de l’époque pour « éviter le scandale ». Mais Barbarin est devenu un symbole. Il est primat des Gaules. Il est cardinal. Il a manifesté contre le mariage pour tous. Sa position ecclésiale, sociale et médiatique fait qu’il a concentré sur lui le procès d’une société contre l’Eglise catholique. Bien qu’il ait été acquitté en août 2016, il n’est donc pas étonnant qu’il soit ainsi poursuivi parce que notre société n’accepte pas, avec raison, que l’Eglise catholique ait pu organiser un tel système de couverture de prêtres catholiques pédophiles. Ils sont une minorité, certes, les jeunes évêques paient pour leurs ainés certes, mais comme aux USA avec le cardinal Law, c’est un moment de vérité pour la France et l’Eglise de France. Il y en aura d’autres dans d’autres pays. L’Eglise d’Italie commence seulement par exemple à se demander pourquoi elle ne connaît quasiment pas d’affaires de pédophilies alors que beaucoup de situations ont été étouffées. Cela pose évidemment la question des limites de la société dite de « transparence » mais il y a aussi derrière cette indignation face à des prêtres pervers, l’attente consciente ou non, de prêtres saints. De l’Eglise, les gens attendent un exemple.

Certains voient cette épreuve contre l’Eglise comme une agression, d’autres comme une purification. Mais j’ai toutefois toujours été frappé dans ces affaires par l’insensibilité de certains prêtres pour les victimes. Il est pourtant inadmissible et criminel, de manipuler l’innocence et la confiance d’un enfant pour sa propre jouissance. Et encore plus insupportable de mentir pour couvrir cela. Et, encore pire, d’instrumentaliser Dieu par la confession de la victime… Comment minimiser de tels actes ? Que révèlent-ils de l’état moral du clergé ? La violence de « l’attaque » de l’Eglise est aussi proportionnelle à cette insensibilité cléricale – se sont des enfants, des petits, que l’on a broyé – et au souci des clercs de se protéger comme une caste d’intouchables. On fait trop vite le procès des médias dans cette affaire. L’Eglise doit regarder son péché en face et en sortir avec les moyens qui lui sont propres. Quels fruits porterait-elle autrement ?

Comment voyez-vous l’avenir sur ces affaires d’abus sexuels dans l’Église ?
En France, nous sommes dans l’âge III des affaires de pédophilies. Et cela va durer très longtemps. Parce que certains pays emblématiques du catholicisme comme l’Italie, commencent à peine l’âge I : celui de la mise à jour des affaires de pédophilie, au simple niveau des prêtres. D’autres pays, comme le Chili, traverse l’âge II : celui de la mise en cause de tel ou tel évêque dans telle ou telle affaires précises. D’autres vivent l’âge III, France, Etats-Unis, Allemagne, Irlande : avec le procès global, systémique de l’Eglise catholique, de son droit canonique, de sa responsabilité hiérarchique, du Vatican aussi. Tout cela, et à une échelle mondiale, va donc durer longtemps : plusieurs dizaines d’Etats aux Etats-Unis ont lancé des enquêtes publiques comme celles de la Pennsylvanie rendue publique le 15 août dernier. Nous allons avoir comme cela, à dates régulières, des litanies de chiffres sordides, ici et là dans le monde. Sans oublier la nouvelle campagne qui vient de commencer sur un plan mondial avec les sœurs violées par des prêtres. Mais le plus ravageur à présent – et c’est aussi l’enjeu de l’affaire Barbarin qui sera probablement acquitté le 7 mars – n’est pas tant le crime de l’abbé untel que l’incompréhensible faute morale d’une hiérarchie qui a fermé les yeux quand elle n’a pas accusé de diffamation les victimes comme dans l’affaire Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ, ou acheté le silence des familles. Aux Etats-Unis : il y avait un « prix », autour de 25 000 dollars, par affaire pour obtenir le silence quand l’accusation de diffamation lancée aux victimes ne suffisait pas à « calmer » les plaignants… Il va donc falloir du temps à l’Eglise pour retrouver sa crédibilité. Cette crédibilité n’a d’ailleurs qu’un seul nom : la sainteté. Et en particulier aux yeux du « monde ». .

Le pape a convoqué les présidents des conférences épiscopales à Rome du 21 au 24 février sur la question des abus sexuels dans l’Eglise : que peut-il sortir d’une telle réunion ? L’Eglise peut-elle faire plus que les mesures déjà prises et est-elle surtout définitivement sortie d’une certaine « culture du silence » pour étouffer les scandales ?
L’Église peut progresser sur deux points : rompre la culture du silence, du tabou sur ce thème dans beaucoup de pays ; et mettre en œuvre une justice interne pour que les évêques qui couvrent sciemment ce genre de scandales de mœurs, soient écartés des responsabilités. Au fond l’Église a plus besoin d’un effort moral décisif et efficace pour écarter ce péché que de nouveaux règlements qui existent. Elle doit aussi soutenir, mordicus, l’écrasante majorité de ses prêtres fidèles, ses prêtres saints, pécheurs comme tous mais qui ne transigent pas, qui combattent et qui se relèvent et en relèvent tant d’autres. Ces prêtres qui vont bien existent. Ils sont magnifiques et exemplaires dans leur incroyable vocation ! Ils subissent injustement un amalgame inique, injuste et insupportable. Je ne comprends pas, à cet égard comment l’Église est toujours incapable – après des années de crises – de faire passer ce simple message : les prêtres pédophiles sont une minorité de minorité de prêtres. Un seul prêtre pédophile est de trop mais l’immense majorité de prêtres n’est pas pédophile ! La rencontre de février a pour objectif de marquer un grand coup sur le plan mondial. Le pape veut contraindre les conférences des évêques à avancer fermement sur ce sujet. Il faut donc souhaiter que ce coup de gong ne soit seulement médiatique. C’est une culture profonde cléricale qu’il s’agit de réformer. Cette culture est habituée au secret légitime de la confession mais il a été perverti dans ces affaires. Cette culture est coutumière d’un esprit de solidarité communautaire légitime entre prêtres et frères mais il a été perverti pour couvrir le mal. Il faudra donc du temps pour guérir. Mais, à tout prendre, il vaut mieux de sortir d’une impasse que de s’y perdre.

Les évêques américains, lors de leur assemblée plénière de novembre, avaient prévu des mesures précises, notamment concernant les évêques, ce qui était une première, qui ont été ajournées par Rome : pourquoi cet ajournement, alors que l’Assemblée plénière des évêques de France a pu prendre au même moment des mesures concrètes (création d’une commission…) ?
Il y a un paradoxe parfait dans cette « intervention » romaine : le pape, qui veut une décentralisation de l’exercice du pouvoir dans l’Église au bénéfice des conférences épiscopales, a bloqué de façon autoritaire une initiative épiscopale locale aux États-Unis. Les explications données sont techniques. Le texte américain serait arrivé trop tard à Rome pour que les canonistes puissent avoir le temps de le valider correctement. Mais la réalité est ailleurs. Rome refuse que le dernier mot dans ces affaires échappe aux évêques qui seraient alors soumis à des décisions de laïcs, car les évêques américains voulaient aller dans ce sens pour décléricaliser la gestion de ces scandales. Et, second élément, l’épiscopat américain est un des rares dans le monde à avoir le courage d’oser exprimer ses divergences de vues avec le pape François. Cette intervention est donc aussi un épisode de ce bras de fer discret mais tendu.

Comment analysez-vous le fait que le pape n’ait pas répondu ou fait répondre aux graves accusations de Mgr Vigano comme le souhaitaient nombre d’évêques américains ?
L’épiscopat américain, comme l’épiscopat africain, figurent parmi les épiscopats les moins en phase avec l’actuel pontificat. Cela dit, l’Église reste l’Église. La foi catholique n’est pas ici en jeu. Il s’agit d’opinions sur des orientations pastorales qui peuvent avoir de lourdes conséquences.
L’affaire Vigano est d’un tout autre ordre. Si Mgr Vigano a ruiné sa crédibilité en demandant la démission du pape, ce n’est pas pour autant un hurluberlu. Vigano est celui qui, sous Benoît XVI, avait déjà osé dénoncer les compromissions financières au sein du Vatican. Il était en charge du gouvernorat de la cité du Vatican, il savait tout. Sa dénonciation adressée à Benoît XVI s’était retrouvée dans la presse en raison des fuites de documents de l’affaire Vatileaks. Ce n’est pas Vigano qui les avait provoquées. C’est donc un homme à la réputation de rigidité et de droiture. Par devoir de « conscience », il vient de sacrifier sa carrière et sa réputation pour dénoncer la prégnance de l’homosexualité dans certains milieux ecclésiaux et les réseaux de pouvoirs de ce genre dans l’Église. Il a été attaqué comme personne, mais personne n’a pu contester le fond de ses propos.
Le pape, par ailleurs, ne pouvait répondre à quelqu’un qui demandait publiquement sa démission. Enfin sur la question « homosexuelle » tout le monde sait que ce n’est pas un sujet hors de propos. Au printemps 2017, Mgr Luigi Capozzi, secrétaire du cardinal Coccopalmerio, président du Conseil pour les textes législatifs, fut arrêté par la gendarmerie Vatican dans son appartement au deuxième étage du palais de la Doctrine de la foi lors d’une partie fine homosexuelle avec de la drogue… Autre fait retentissant, la démission de Mgr Krzysztof Charamsa, en octobre 2015, veille du synode sur la famille, pour proclamer son homosexualité. Il était secrétaire adjoint de la Commission théologique internationale, basée au Vatican. L’affaire de Mgr Ricca, l’un des hommes de confiance du pape François à qui il a confié de superviser indirectement les finances du Saint-Siège est également indéniable. C’est en répondant à une question à son propos, car un scandale homosexuel le concernant était connu, dans l’avion du retour des premières JMJ de François au Brésil, que le pape a prononcé la fameuse phrase « qui suis-je pour juger ? » Il faudrait ajouter en 2018, l’affaire Barros au Chili, l’affaire du cardinal McCarrick aux États-Unis, l’affaire de Mgr Pineda au Honduras qui fut auxiliaire du cardinal Maradiaga, conseiller de François. Et celle qui vient de rebondir avec l’argentin Mgr Zanchetta qui touche très directement le pape qui l’a promu à Rome. Toutes sont des questions d’homosexualité. Il ne s’agit pas de « juger » quiconque comme dit le pape mais les accusations de Vigano ne sont pas des lubies.

À l’occasion de l’affaire Vigano, certains ont évoqué un « complot » du catholicisme conservateur américain pour déstabiliser le pape François : qu’en pensez-vous ?
Il n’est pas faux que des groupes conservateurs américains catholiques s’emploient dans une vision très « Far West » à déstabiliser le pape. Il n’est pas faux que Mgr Vigano y a des amis et des appuis. Il n’est pas faux qu’il a fait relire sa lettre par Marco Tossati – un des grands vaticanistes de la Stampa à l’époque de Jean-Paul II – aujourd’hui publiquement anti-François. Ce qui a nourri – après une première salve d’accusations diffamantes sur la personne de Vigano – la seconde ligne de défense pour contre-attaquer les révélations de sa lettre : on l’a alors accusé d’être aux mains de lobbies ennemis du pape François. Mais c’est oublier que Vigano n’est pas un prêtre du fond des Pouilles. Il a occupé la plus haute charge de gestion interne du Vatican, il a occupé le plus haut poste diplomatique, celui de Washington. Son objection de conscience vient donc de loin : il l’avait exprimée, sous Benoît XVI, contre les malversations financières dans la gestion des finances du Vatican profitant à des entreprises amies avec des « commissions », en liquide ; il l’a exprimé, sous François, contre le cardinal McCarrick, ancien archevêque de Washington qui a reconnu avoir couché avec ses… séminaristes, symbole donc des réseaux homosexuels dans l’Église. On dit Vigano rigide et ambitieux. On devrait aussi reconnaître son courage et sa conscience. Même si ce prélat a manqué de prudence en demandant au pape sa démission.
Il y a depuis décembre de nombreux changements dans l’organisation de la communication du Vatican (départs de G.M. Vian, de Greg Burke…) : quels sont les raisons et le sens de ces changements ?
C’est de la cuisine interne. Si Greg Burke, membre de l’Opus Dei et journaliste professionnel américain unanimement reconnu, a quitté son poste, ce n’est pas pour une question idéologique, pour ou contre le pape, mais en raison d’une divergence de vision d’organisation globale de la communication. La salle de presse dont il était le directeur, a toujours été sous la coupe de la Secrétairerie d’État, donc de l’administration centrale de l’Église catholique et non sous la coupe de l’entourage du pape. Il se trouve que pour deux secteurs stratégiques – les finances et la communication – le pape François a créé deux nouvelles instances, le secrétariat pour l’économie et un dicastère pour la communication, qu’il supervise directement au détriment de la Secrétairerie d’État. François veut ainsi réduire le pouvoir qu’elle avait totalement pris sous Benoît XVI. Mais la salle de presse, comme l’Osservatore Romano, ont fait de la résistance, ils voulaient rester sous la tutelle de la Secrétairerie d’État pour une bonne raison : ils pensaient que leur responsabilité n’était pas seulement une question de « com » mais qu’elle était aussi ecclésiale et géopolitique. D’où l’intérêt, leur semblaient-ils, de dépendre d’experts en la matière au sein de la Secrétairerie d’État et non de gens formés à la pure communication. Vian a été remercié du jour au lendemain. Burke a été conduit à donner sa démission. Ce qui s’est joué est donc, sur le fond, l’opposition entre une vision guidée par l’école actuelle de la « com » de personnalités, le pape en l’occurrence – avec les outils du « story-telling », de la construction d’image –, et l’école plus classique d’un service d’information au service du Saint-Siège et de l’Église catholique dont le pape est le premier responsable. Com personnelle contre com institutionnelle, même si c’est une simplification. Il est également vrai qu’en cette période de crise de l’Église et d’affaiblissement d’image pour le pape, François a appelé près de lui une équipe de crise avec des gens en qui il a une totale confiance, mais ce n’est pas l’argument central.

Certains « vaticanistes » ont interprété ces changements comme une « défaite » de la Secrétairerie d’Etat qui aurait ainsi perdu le contrôle de l’OR et de la salle de presse du Saint-Siège, ce qui supposerait une rivalité entre le pape François et le cardinal Parolin qu’il a lui-même nommé : que pensez-vous de cette analyse, et si elle était exacte, ne serait-ce pas une bonne chose que le pape reprenne sous sa coupe des pouvoirs de la Secrétairerie d’Etat, dont beaucoup se plaignent de la trop grande puissance au sein de la Curie qui aurait considérablement gêné le pape Benoît XVI ?
Je me méfie des explications simplistes surtout quand elles sont fondées sur un rapport de force politique interne. Je pense avoir traité cette question dans la réponse précédente mais ces épisodes mettent surtout en évidence une problématique importante qui touche tous les dirigeants aujourd’hui comme le montre les exemples Macron ou Trump. A vouloir communiquer et diriger en direct, via des réseaux sociaux ou des interventions multiples sur tous les sujets, le dirigeant prend le risque du retournement brutal d’opinion. Après le temps de la séduction, du parler franc, du sans filtre, vient forcément le temps des erreurs de langages, des malentendus. La séduction, déçue, se transforme vite en rejet, parfois radical, parce qu’elle était superficielle, fondée sur une politique d’images. Le pape François n’est pas à l’abri de ce genre de phénomène. Ce qui amène la question centrale et la nécessité des écrans de pouvoir. Ce sont les institutions. Elles protègent, le peuple et l’élu. Elles créent des périmètres de sécurité pas seulement physique. C’est notamment le rôle de l’administration centrale de l’Eglise, la secrétairerie d’Etat. Elle est lourde mais indispensable. François, par mandat de ses confrères cardinaux qui l’ont élu dans le contexte du traumatisme de la renonciation de Benoît XVI pour mener à bien la réforme de la Curie, veut l’alléger. Une nouvelle constitution de la Curie romaine est attendue à Pâques. Pour l’heure, rien n’a changé sinon que les luttes de pouvoirs se sont intensifiées en raison de ces évolutions probables et de leurs enjeux. Il est vrai que le gouvernement de Benoît XVI avait été comme étouffé. Mais non par la Secrétairerie d’Etat, en tant que telle, mais par la forte personnalité du Secrétaire d’Etat, le cardinal Bertone qui en voulant protéger le pape, l’avait mis sous une cloche de verre en le rendant inaccessible. Ce dérapage de pouvoir curial fut davantage une question d’hommes et de caractères, que de structures. De même à la fin des années de Jean-Paul II, son secrétaire particulier avait-il beaucoup de leviers en mains. De même aujourd’hui, la personnalité bouillonnante de François qui entend tout superviser, écrase celle du cardinal Parolin, Secrétaire d’Etat, pourtant premier ministre.  Mais s’en tenir à ces seules analyses de structure conduit à ne pas saisir le mystère de l’Eglise. Jean-Paul II, Benoît XVI, François, ont eu des farouches opposants et des soutiens passionnés, cela n’a pas empêché un rayonnement personnel et une exigence particulière pour l’Eglise liée à leur charisme, pour une époque donnée. Les controverses seront donc intarissables mais la grâce aussi.

Propos recueillis par Christophe Geffroy

Signalons le très intéressant livre d’Anne Philibert, Des prêtres et des scandales. Dans l’Église de France du concile de Trente aux lendemains du concile Vatican II, Cerf, 2019, 464 pages, 24 €. Dans le contexte qui est le nôtre, cette remise en perspective historique est fort utile.

© LA NEF n°311 Février 2019

À propos Christophe Geffroy

Christophe Geffroy
Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).