Affaire Lambert : faire accepter l’euthanasie

Il faut voir les choses en face : l’Église en Europe occidentale va d’échec en échec s’agissant de défendre l’anthropologie chrétienne et la morale. Plus encore, ces défaites ont été intériorisées, à tel point que rares sont ceux qui osent encore dénoncer l’homosexualité ou l’avortement, sans parler du divorce et de la contraception. Nous assistons même à des tentatives d’adaptation du Magistère à ces pratiques, comme s’il s’agissait d’effacer nos défaites en assimilant les thèses des vainqueurs.
Tous ces échecs marquent la victoire de l’individualisme libéral sur le catholicisme. Tel fut également le cas de l’affaire Lambert qui vit s’opposer, à travers la famille Lambert, l’ADMD et la Fondation Lejeune, c’est-à-dire les francs-maçons et les catholiques. Dès lors que Vincent Lambert devint « le terrain » de cette confrontation, celle-ci se révéla inégale et biaisée, et la défaite quasi-certaine devant les juridictions françaises. Il s’agissait d’infliger une défaite aux catholiques sur ce nouveau terrain, et de faire progresser l’acceptation de l’euthanasie.

Prévoyant la défaite, certains conseillèrent d’éviter le combat, estimant préférable de fermer les yeux sur ce cas plutôt que de révéler au grand jour que l’interdiction de l’euthanasie n’est plus qu’un principe de façade. En d’autres termes, il s’agissait de sauver les apparences, tout comme on sauva, dans la loi Veil, le principe de l’interdiction de l’avortement.
Je crois au contraire que l’affaire Lambert a eu la vertu de montrer au plus grand nombre ce qui se cache derrière le principe. Et cette réalité en a choqué plus d’un ; elle leur a montré comment les instances hospitalières et judiciaires athées gèrent les « déchets humains ». Elle a aussi averti toutes les personnes sensées qu’il faut à présent se renseigner sur la religion ou l’idéologie des médecins avant de leur confier nos malades et nos personnes âgées. Ici s’observe encore le fait que les « progrès sociétaux » réduisent en pratique la confiance et la solidarité sociales.

Certes, les crises telles que l’affaire Lambert sont les conséquences de l’incompréhension croissante de la société à l’égard du christianisme ; elles offrent néanmoins l’occasion, rare, de nous expliquer publiquement. C’est pourquoi, une fois encore, il ne faut pas éviter le combat.
Comme autrefois le combat de « l’école libre », celui de « La Manif pour tous » nous a rendus plus forts, plus audibles, de même « l’affaire Lambert » et demain le combat contre la « PMA sans père ». Le plus important est de témoigner de la vérité de l’homme et de la justice, et d’inscrire notre action dans le temps, afin précisément que notre témoignage échappe à l’immédiateté et au déclin de la France.
Pour témoigner avec justesse, nous devons échapper au désespoir qui nous accable parfois. Pour cela, il faut se souvenir que la culture de mort est un cercle vicieux qui se nourrit du désespoir et le produit ; tel un parasite, elle vit de nos renoncements à la vie. Ainsi, la meilleure façon de survivre à la culture de mort, c’est de vivre pleinement et de la combattre par les vertus.

Ces combats offrent aussi l’occasion de nous éprouver et de renforcer la part saine de la société, dont le cœur est l’Église militante, jusqu’à l’épuisement de la dissociété nationale. Si la nature humaine ne peut être qu’abîmée, mais non détruite, suivant l’expérience du péché originel, alors le mouvement de dénaturation de l’homme s’épuisera en ce qu’il a d’avilissant et de stérile. C’est une question de temps. Il appartiendra alors à l’une des sociétés significatives subsistant en France – la catholique ou la musulmane –, de ramasser les miettes de notre beau pays.
Au-delà du bienfait des combats, notre responsabilité temporelle nous oblige à chercher la victoire dès à présent dans la société. Et les victoires sont possibles. Mais une victoire durable, en démocratie, passe nécessairement par les élections, comme en témoigne l’expérience de nos amis polonais et hongrois.

Grégor Puppinck
Président de l’ECLJ (https://eclj.org/)

© LA NEF n°317 Septembre 2019

À propos Grégor Puppinck

Grégor Puppinck
Directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), membre du Panel d’experts de l’OSCE sur la liberté de religion ou de conviction, il a dirigé l’ouvrage Droit et prévention de l'avortement en Europe (LEH Éditions, 2016), il est aussi l’auteur de « Objection de conscience et droits de l’homme. Essai d’analyse systématique », Société, Droit et Religion (CNRS Editions, 2016) et de La famille, les droits de l’homme et la vie éternelle (L’Homme Nouveau, 2015).