Pèlerinage de Charytres 2019 © Notre-Dame de Chrétienté

Pèlerinage de Chartres : un enthousiasme qui ne faiblit pas !

Alors que des questions se posent sur la possibilité de mener à bien le pèlerinage de Pentecôte de Paris à Chartres dans sa forme actuelle (en principe prévu les 30-31 mai et 1er juin 2020), le président de l’association qui l’organise, Notre-Dame de Chrétienté, répond à nos questions, nous l’en remercions.

Jean de Tauriers © Notre-Dame de Chrétienté

La Nef – Vous allez organiser le 38e pèlerinage de Paris à Chartres ! On admire une telle longévité : comment faites-vous pour éviter l’essoufflement ou de tomber dans une certaine routine qui tue la créativité ? Autrement dit, quoi de nouveau sous le soleil… de Chartres ?
Jean de Tauriers – L’enthousiasme que suscite ce pèlerinage rend impossible la lassitude. Les pèlerins viennent toujours plus nombreux, les générations se succèdent. NDC (le Centre Henri et André Charlier au début) forme une grande famille, heureuse de se retrouver chaque année. Personnellement, j’attends avec impatience le Salut du Saint Sacrement dans la nuit le dimanche soir, un moment exceptionnel. Cette année, nous attendons quelques événements comme le développement du chapitre des évangélisateurs (Emmaüs), le chapitre de pèlerins gabonais et bien sûr quelques surprises que nous préparons.

Avant d’aller plus loin, la question que tout le monde attend : le pèlerinage peut-il être annulé en raison de l’épidémie du coronavirus ?
NDC est en relation très étroite avec les autorités et fera savoir en mai ce qu’il en est de la possibilité ou non de faire le pèlerinage sous sa forme actuelle. Quoiqu’il arrive, le pèlerinage aura lieu, sous une forme marchante ou non, avec différentes options sur lesquelles nous travaillons. Cette œuvre de pénitence, de conversion aura lieu comme tous les ans. Je demande à tous les pèlerins de réserver les 30, 31 mai et 1er juin pour la plus grande gloire de Dieu.

Votre public grandit quelque peu chaque année et touche majoritairement des jeunes : avez-vous observé une évolution des pèlerins, d’un point de vue religieux, sociologique ou autre ? Et parvenez-vous à assurer un suivi des pèlerins entre deux pèlerinages ?
Autour du pèlerinage nous organisons un ensemble d’activités tout au long de l’année (récollections, Journée d’Amitié chrétienne, formations, vidéos-formation, publications, retraites…). L’année dernière, nous avons réalisé un sondage sur plus de 4 000 d’entre eux. Nos pèlerins sont très jeunes (50 % ont moins de 20 ans), à 97 % pratiquants (en France, seulement 1 % des jeunes est pratiquant). Ils assistent pour 60 % régulièrement à la messe traditionnelle. La cohabitation des pèlerins ordinaire/ extraordinaire se fait très naturellement au pèlerinage. Tous viennent pour la spiritualité de la messe traditionnelle, la formation solide, la présence des communautés, l’esprit NDC. Le pèlerinage est une chrétienté marchante au service de l’Église, une œuvre missionnaire grâce à la liturgie tridentine avec plus de 14 000 pèlerins en 2019 à Chartres, plus de 8 % de hausse annuelle depuis 5 ans.

Du côté des prêtres, parvenez-vous à attirer au-delà du monde traditionnel attaché à la forme extraordinaire du rite romain ? L’interdiction de la célébration en privé de la forme ordinaire durant le pèlerinage n’est-il pas un obstacle important pour toucher davantage de prêtres non traditionalistes ?
Notre vocation est la Mission par la Tradition dans la Chrétienté. Les pèlerins, les clercs viennent tous pour ce beau programme. Les prêtres qui ne savent pas célébrer dans la forme tridentine, l’apprennent tout simplement après une formation. Je les ai souvent entendus dire que la célébration en forme extraordinaire changeait complètement leur façon de célébrer en forme ordinaire. N’est-ce pas l’esprit du motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI ?

Pouvez-vous nous dire un mot du thème de cette année et nous dire qui célébrera la messe de clôture à Chartres ?
Le thème sera « Saints Anges, protégez-nous dans les combats ! » La messe du lundi sera célébrée par Mgr Descourtieux, responsable de l’ex-commission Ecclesia Dei. Nous aurons la joie le dimanche d’avoir comme célébrants, le RP Louis-Marie de Blignières, supérieur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, et le samedi à Saint-Sulpice, l’abbé Fournier, chapelain militaire et sapeur pompier.

Votre association est attachée à la « chrétienté » qui figure dans son nom, terme qui, aujourd’hui, peut donner lieu à des interprétations bien différentes selon notamment que l’on entend une irrigation ou imprégnation du temporel ou un « État confessionnel » : comment vous situez-vous sur cette question, pour quoi militez-vous concrètement ?
Nous militons pour que SA « volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel ». C’est cela la chrétienté. Le Catéchisme de l’Église catholique le définit clairement au n°2105 : « l’Église manifeste ainsi la royauté du Christ sur toute la création et en particulier sur les sociétés humaines. » Je suis très étonné que cet enseignement soit quasiment abandonné aujourd’hui. L’enfouissement des catholiques serait la solution pour exister dans nos sociétés laïcardes ? C’est un nouveau quiétisme et rien ne me semble plus faux. Tout au contraire, les catholiques doivent manifester qu’ils veulent Dieu dans leurs familles, écoles… Nous sommes de plus en plus nombreux à la Pentecôte sur la route de Chartres pour ce combat essentiel pour la survie de nos pays chrétiens. Rappelons-nous les mots de Saint Jean-Paul II : « Il n’est permis à personne de rester à ne rien faire. »

Propos recueillis par Christophe Geffroy

Notre-Dame de Chrétienté : http://www.nd-chretiente.com/
191 avenue du Général Leclerc, 78220 Viroflay. Tél. : 01 39 07 27 00.

© LA NEF le 23 mars 2020, exclusivité internet

À propos Christophe Geffroy

Christophe Geffroy
Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).