La peur, pire que le Covid

ÉDITORIAL

L’épidémie de Covid-19 qui a rapidement touché une grande partie de la planète en quelques mois n’est assurément pas un cas banal semblable aux grippes saisonnières. Certes, le virus est peu mortel pour la plupart d’entre nous, mais il a un taux de contagiosité très élevé et devient dangereux pour les populations à risques, les personnes âgées notamment. Il était donc normal et légitime d’essayer de les protéger. Face à une situation de crise inédite, il est plus facile de donner des leçons a posteriori que de prendre les justes décisions sans avoir tous les éléments de discernement. Mon propos n’est donc pas ici de critiquer le confinement du printemps dernier, même s’il y aurait beaucoup à dire sur les invraisemblables atermoiements du gouvernement (le masque qui, d’abord, ne sert à rien, puis devient obligatoire en toutes circonstances) et l’idéologie égalitaire qui l’a conduit à confiner de la même façon des régions gravement touchées par l’épidémie et d’autres largement épargnées, mettant ainsi tout un pays à l’arrêt pendant plus de deux mois, avec des conséquences catastrophiques pour l’économie, le lien social, l’équilibre psychique des individus…

Le levier de la peur

Le pire, cependant, est le levier sur lequel s’appuient nos autorités – gouvernement, scientifiques labélisés par ce dernier, médias – pour imposer et justifier leurs mesures restreignant nos libertés : la peur ! Et la pire des peurs : la peur de l’autre, la peur du prochain, celui-là même dont l’Évangile nous invite à nous préoccuper ! On a ainsi créé un climat anxiogène délirant qui fonctionne d’autant mieux que notre société matérialiste essaie à tout prix d’oublier la mort et de la bannir de notre horizon – comme si la mort des plus âgés n’était pas dans l’ordre des choses –, alors que cette pandémie est loin d’être l’une des plus mortelles que l’humanité ait connues. La peur a tellement pénétré les esprits qu’on a vu resurgir les dénonciations visant les récalcitrants aux « gestes barrières » !

Cette peur, visiblement bien assimilée par une majorité de la population intoxiquée par les médias, permet de faire accepter d’importantes restrictions de liberté au nom d’un « bien sanitaire » qui n’a rien d’évident et que l’on ne cherche pas à mettre en balance avec les maux qu’elles engendrent. Tout cela revient à traiter la population comme des enfants immatures incapables d’agir de façon responsable. Beaucoup l’ont déjà montré, nous avons là les ingrédients d’un contrôle toujours plus étroit des citoyens qui, par cette crainte bien entretenue, acceptent trop facilement de s’en remettre aveuglément à l’État pour tout régler : cela n’augure rien de bon pour l’avenir de notre démocratie déjà bien malade.

Ainsi, chaque jour, les médias s’époumonent à crier au danger de l’épidémie qui reprend. Pourtant, au moment où j’écris (le 22 septembre), si le nombre de cas de Covid est en effet en hausse (c’est toujours cette courbe qui est mise en avant), ce qui s’explique notamment par le plus grand nombre de tests réalisés, celui du nombre d’hospitalisations et, plus encore, de morts, n’a connu qu’une légère élévation (nous étions à 600 morts par jour au pic de la mi-avril, nous sommes actuellement à environ 50 morts par jour, très majoritairement des personnes âgées). Bref, sans doute faut-il demeurer vigilants et appliquer les mesures de protection là où elles s’imposent vraiment (foule dans un endroit clos), mais cesser de vivre dans la psychose de la contamination et essayer, autant que faire se peut, de reprendre une vie normale.

Des bouleversements néfastes

En effet, les mesures gouvernementales ont, depuis mars dernier, profondément bouleversé la vie de la plupart des Français (et de nos voisins). Pendant un temps, on pouvait espérer quelques effets bénéfiques comme modérer nos modes de vie consuméristes, revenir au local pour la production, aussi bien alimentaire qu’industrielle, ou restaurer une certaine souveraineté des nations européennes… mais ce n’était malheureusement qu’illusion et ce qui est patent aujourd’hui, ce sont les répercussions néfastes des mesures « sanitaires » : le chômage s’est envolé et les perspectives ne sont guère réjouissantes ; le lien social, déjà bien anémié, s’est encore distendu, le plus proche étant désormais vu comme un danger potentiel ; masque, télétravail, tendent à renfermer les gens sur eux-mêmes, sans parler de la misère de ne plus voir le visage complet de nos contemporains, dans la rue, dans les transports, les magasins et jusqu’au travail, alors que tant passe par une expression ou un sourire : c’est un appauvrissement dramatique des relations humaines qui ne peut pas être sans dommage pour chacun d’entre nous et toute la société.

Il n’y a sans doute pas de solution miracle pour sortir de cette crise, sinon, peut-être, de cesser de voir la mort comme une fin absolue, comme un immense néant digne, en effet, d’une compréhensible frayeur. On en revient toujours au même point : notre principal problème est d’avoir chassé Dieu de notre horizon…

Christophe Geffroy

© LA NEF n°329 Octobre 2020

À propos Christophe Geffroy

Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).