Islamisme et islam

ÉDITORIAL

Est-ce donc une fatalité de devoir si régulièrement s’indigner devant les horreurs de l’islamisme ? Indignation toujours unanime avec toujours les mêmes bons discours : « Plus jamais ça ! » « Ils ne passeront pas ! » Mais de la parole aux actes, le chemin est long et semé d’embûches : prend-on les moyens pour éradiquer l’islamisme ? Et le veut-on vraiment ?

Désigner la réalité par les mots justes serait déjà le premier pas vers une résolution du problème. Pour ne prendre qu’un exemple, La Croix, qui n’est pas le pire média, titrait sa Une du 19 octobre : « Face au fanatisme », Samuel Paty étant présenté comme la « victime d’un attentat terroriste », le quotidien prenant soin de ne pas nommer l’islamisme.

Reconnaissons toutefois, attentat après attentat, que les bouches se délient de plus en plus et appellent à un combat sans merci contre l’islamisme – ce que promet le président Macron lui-même. Mais les mesures qu’il préconise sont loin d’être à la hauteur du défi à relever et ne prennent pas en compte le problème dans sa globalité. Car l’islamisme est incompréhensible sans l’islam, dont la présence est elle-même liée à l’immigration massive et incontrôlée qui s’est développée depuis plus de trente ans.

L’islamisme fait partie de l’islam

Expliquons. Même beaucoup des plus décidés à lutter contre l’islamisme prennent soin de le distinguer de l’islam selon le mot d’ordre « pas d’amalgame », affirmant par là que l’islamisme n’aurait rien à voir avec l’islam. Mais les « terroristes » ou « fanatiques » qui assassinent nos compatriotes le font au nom d’Allah, ils se proclament bons musulmans en appliquant le Coran à la lettre et en suivant l’influence d’imams qui ont pignon sur rue. Aucun « fanatique » ne se réclame du christianisme, du judaïsme, du bouddhisme, de l’athéisme… pour commettre de tels actes. Seulement des musulmans ! Et « cela n’aurait rien à voir avec l’islam », comme on nous le répète à satiété ?

La réalité est que l’islamisme est l’une des formes de l’islam ; il n’en est pas la seule, évidemment, beaucoup de musulmans qui n’aspirent qu’à vivre en paix ne s’y reconnaissent pas, mais enfin ce n’en est pas un simple accident passager, il s’appuie notamment sur des courants officiellement représentés en France comme les salafistes ou les Frères musulmans. On ne rend pas service aux musulmans soucieux de voir leur religion se réformer en soutenant que l’islamisme n’est pas l’islam ou que la violence est étrangère au Coran. Les islamistes qui tuent chrétiens, juifs ou mécréants se réfèrent à leur livre saint, à des passages très explicites qui les encouragent dans ces entreprises meurtrières – sans parler de l’exemple de Mahomet lui-même qui ne répugnait pas à l’emploi de la force brute.

L’islamisme est l’affaire des musulmans

Hélas ! aujourd’hui, l’emprise de l’oumma est telle, que la plupart des musulmans ne manifestent guère de réprobation massive et unanime — comme on serait en droit de l’attendre – face à un acte aussi barbare que la décapitation de Samuel Paty. Au lieu de cela, leurs porte-parole, en France ou dans les pays musulmans, jouent sur le « pas d’amalgame », critiquent même les faibles mesures annoncées par M. Macron taxées d’« islamophobies » et s’enferment dans une posture victimaire, bon prétexte pour ne pas se remettre en cause, ou plutôt ne pas remettre en cause l’islam dans ses fondements mêmes, à savoir le Coran. Et pourtant, un jour ou l’autre, il faudra bien rouvrir les portes de l’itjihad (interprétation du Coran), seul moyen de réformer l’islam et de le faire échapper à la violence bel et bien présente dans le Coran : l’islamisme est le problème des musulmans, eux seuls peuvent le résoudre.

En attendant, cet aspect n’étant pas du ressort de l’État, il lui appartient de prendre toutes dispositions pour extirper l’islamisme de notre territoire. Cela suppose de se donner les moyens juridiques pour y parvenir et d’admettre enfin que l’islamisme ne s’est implanté en France que via une immigration musulmane massive qu’il serait temps de maîtriser. Tâche devenue ô combien difficile, tant il faudrait redresser plus de trente années d’aveuglement, de déni, de démission, de lâcheté, et ne plus céder à la peur de l’accusation d’« islamophobie », particulièrement instrumentalisée par les puissants réseaux de l’islamo-gauchisme. M. Macron prépare une loi contre le « séparatisme » sans même nommer l’islam : mais « les islamistes ne sont pas des séparatistes, ce sont des conquérants… » écrivait Alexis Brézet dans Le Figaro du 19 octobre, c’est toute la France qu’ils veulent musulmane. L’islamisme est devenu un État dans l’État qui contrôle déjà les « territoires perdus de la République » ; nos frontières sont par ailleurs de véritables passoires et rien n’est envisagé pour y remédier. On a du mal à croire que le gouvernement actuel aura la lucidité et la volonté de combattre l’islamisme dans toute son ampleur, et ce n’est pas l’incantation récurrente à la « République » qui nous sauvera.

Christophe Geffroy

© LA NEF n°330 Novembre 2020

À propos Christophe Geffroy

Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).