Préserver l’être humain

Janvier, dont notre bon roi Charles IX fit, par l’Édit de Roussillon, et après lui toute la chrétienté, et après elle le monde entier, le premier mois de l’année, est étymologiquement placé sous le patronage du dieu romain Janus, le bifrons, dieu entre autres des commencements et des fins. Si fin on ne voit, commencement non plus puisque c’est ce mois-ci que les répugnants élus LREM, leurs sbires et assimilés, ont choisi pour relancer l’indigne projet de loi sur le « renforcement du droit à l’avortement ». Au menu, comme on le sait, l’allongement à 14 semaines – au nom de quoi ? – de l’avortement, la quasi-suppression de la clause de conscience des personnels médicaux, et l’autorisation faite aux sages-femmes de pratiquer cet acte meurtrier (1).
Alors qu’on ne voit pas la fin de cette damnée épidémie qui rend fou, on ne voit pas non plus le commencement de la vie humaine être consacré. Au contraire, alors que les vieux, les gros, les faibles, les malades subissent l’attaque tragique d’un virus qu’on ne sait arrêter, et qu’on tente de les protéger avec des méthodes pleines de bonne volonté mais souvent contestables dans leur application, il semble que l’urgence – viiite ! – soit d’assassiner des embryons en masse. Au cas où. On ne sait jamais. Si les femmes étaient à nouveau réduites en esclavage par des hommes forcément pervers et toxiques qui, comme chacun sait, n’ont jamais eu qu’un but dans la vie depuis l’apparition de sapiens, les exploiter, les diminuer et les engrosser – sans doute histoire de travailler plus pour devoir nourrir plus de bouches, bien habiles.
Mais revenons à notre situation actuelle : comme l’avait prédit Paul VI il y a de cinquante ans, plus on cherchera à contourner la vie, plus on sera poussé à s’attaquer directement à elle. Vieux classique de la technique : à croire qu’on peut éviter de se confronter au destin grâce à elle, en l’occurrence par la contraception mécanique ou chimique, on remet à la fin la vie entière entre ses mains, et la technique n’est pas une morale, n’a pas de morale, elle poursuit simplement sa course pour quoi on l’a programmée. Dans les circonstances, abolir toute contrainte pour l’être conscient et supposément libre qu’on appelle l’être humain, c’est-à-dire abolir d’autres êtres humains. Dans le même temps qu’on nous explique qu’il faut préserver la nature dans sa sauvagerie, et peut-être le faut-il parfois, oubliant que c’est parce que cette sauvagerie le gênait que l’homme s’en est défait à la mesure de ses forces qui sont grandes ; dans le même temps, nul pour rappeler, nul sinon les chrétiens, qu’il s’agirait aussi et d’abord de préserver l’être humain en toutes circonstances quand bien même il nous gêne.

Procréation et amour
Cette République qui n’a que le mot fraternité à la bouche ne pense plus ni la maternité ni la paternité, croyant qu’elles ne relèveraient que d’un choix rationnel. Mais autant je ne choisis pas mes frères humains, autant je ne choisis pas, sauf cas d’exception comme une vocation de célibat pour une cause plus haute, ma potentielle paternité ou maternité. Et il ne s’agit pas d’un naturalisme ridicule, comme on voudrait nous faire croire, il s’agit de la vie dans ce qu’elle a de plus grand, de plus profond, de plus accompli, non simplement la conception d’un amas de cellules supplémentaires, par rencontre de gamète, mais de l’expression de l’agapé, de l’amour, dans le couple et envers sa progéniture, qui font le fond de l’humain. Donner la vie aux autres et donner sa vie pour les autres finalement ne sont que même et seule chose. Et, dans cette eschatologie chrétienne, l’enfant n’est pas simplement ce trésor comme une ressource à disposition ainsi que le considéraient les anciens païens, ni simplement une gêne passagère ou un jouet affectueux plus proche du chat ainsi que le considèrent les païens contemporains, mais la copie presque parfaite de l’acte créateur divin. Je procrée pour la surabondance de l’amour. Dieu en tant que Père est cette source de profusion : dès qu’un être naît, ce lui est l’occasion de déverser encore un peu plus d’amour. Tout l’inverse du morne calcul moderne, qui comptera combien ça va lui coûter, et peut-être combien ça va lui rapporter. Quand l’amour vrai, calqué sur le divin qui a mis son image en nous, ni ne coûte ni ne rapporte.
Mais allez faire comprendre ça à des députés d’une République qui est en marche – vers rien, sinon le confort, et à ce titre se croit légitime à avorter des femmes supposément victimes. Mais allez faire comprendre ça à nos petits maîtres renards que rien ne remue plus dans leurs entrailles.

Jacques de Guillebon

(1) Rejeté au Sénat le 20 janvier, le texte devra retourner à l’Assemblée Nationale (ndlr).

© LA NEF n°333 Février 2021

À propos Jacques de Guillebon

Jacques de Guillebon
Écrivain, essayiste, chroniqueur de La Nef, rédacteur en chef de L'Incorrect, il est l’auteur notamment de Anarchrist. Une histoire de l’anarchisme chrétien (avec Falk van Gaver, Desclée de Brouwer, 2015), L’impasse. Du mariage laïc au mariage gay (Editions de l’Œuvre, 2012), Le nouvel ordre amoureux (avec Falk van Gaver, Editions de l’Œuvre, 2008), Nous sommes les enfants de personnes (Presses de la Renaissance, 2005, rééd. Xenia, 2010).