Grégor Puppinck et le rapport publié par l'ECLJ

De l’islam au christianisme : la persécution des convertis en France

Après plusieurs semaines d’enquête, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) publie un rapport et un reportage (cliquez sur les trois mots en italique pour activer le lien) faisant état de la persécution des convertis de l’islam au christianisme en France. Grégor Puppinck, directeur de l’ECLJ présente les principaux enseignements de cette enquête.

La Nef – Vous publiez un reportage et un rapport intitulé « La persécution des chrétiens ex-musulmans en France ». Parler de persécution, n’est-ce pas excessif ?

Grégor Puppinck – Malheureusement, ce n’est pas excessif. Des milliers de personnes, en France, subissent une forme de persécution religieuse suite à leur conversion au Christianisme.

Dans les pays musulmans, la conversion est interdite et peut être punie de mort. En France, dans la communauté musulmane, elle est aussi interdite et punie de mort sociale, voire pire. Les convertis sont victimes de pressions, de menaces et de violences pour les dissuader de quitter leur communauté d’origine ; car dans ces familles et quartiers, c’est la religion qui définit la communauté. Nous avons reçu des témoignages faisant état de séquestrations, de renvois au pays d’origine, de mariages forcés de jeunes filles, de violences physiques, de viols, et même d’assassinats. La situation est pire pour les jeunes filles car leur conversion est vécue comme un déshonneur pour la famille, en plus d’une trahison de la communauté. Une convertie nous a rapporté une insulte fréquente à l’égard des filles converties : « j’aurais préféré que tu sois une prostituée, plutôt qu’une chrétienne ». Nous avons reçu des témoignages de nombreuses conversions clandestines de personnes obligées de mener une double vie : musulmane à l’extérieur et chrétienne à l’intérieur. Lorsque la conversion est connue, la personne est rejetée par sa famille et ses anciens amis et doit, le plus souvent, déménager d’urgence pour sa propre sécurité.

Ces convertis subissent ensuite des pressions sociales pour le restant de leur vie, surtout au moment du ramadan. S’ils portent un nom arabe et ont un physique maghrébin, ils sont d’emblée catalogués musulmans par leurs anciens coreligionnaires, mais aussi par des Français « de souche ». Certains Français gauchistes vont même jusqu’à leur reprocher leur conversion.

Combien de personnes issues de familles musulmanes se convertissent chaque année ?

Il n’est pas possible de connaître l’ampleur du phénomène, car la conversion est une décision d’abord intime qui reste souvent cachée par peur des représailles. En France, nous savons qu’en moyenne 300 ex-musulmans – parfois même d’anciens salafistes – reçoivent le baptême chaque année dans l’Église catholique. Cela représente environ un dixième des baptêmes d’adultes. Au sein des églises évangéliques, ils sont probablement plus nombreux. Ainsi, chaque année, plus de 600 personnes issues de l’islam reçoivent le baptême en France. Les convertis seraient majoritairement des femmes, 70 % selon Saïd Oujibou, pasteur et fondateur de l’Union des Nord-Africains chrétiens de France. Dans les pays musulmans, les conversions sont plus nombreuses encore. C’est le cas en Kabylie et en Iran. Mais là encore, il est impossible de connaître les chiffres, mais il y a des milliers de conversions chaque année au Christianisme.

Comment sont-ils reçus dans l’Église et les communautés chrétiennes ?

Le plus souvent, ces néophytes sont convertis à la lecture de l’Évangile ou par une vision du Christ ou de Marie dans un songe. Toute la Bible est remplie du récit de tels songes, tels ceux de Joseph et de Samuel. C’est ainsi aujourd’hui que des personnes deviennent chrétiennes, par une grâce spéciale, sans même avoir été évangélisées par l’Église.

C’est seulement dans un second temps, et si elles en ont la possibilité et le courage, que ces personnes vont frapper à la porte d’une église, ou s’adresser à un chrétien. D’après les témoignages, elles ne sont pas toujours bien reçues, par peur ou par idéologie. Dans les pays musulmans, où l’apostasie peut être punie de mort, les églises craignent pour elles-mêmes et pour le néophyte. Elles se méfient aussi d’être piégées par de faux convertis qui cherchent ainsi à les faire condamner pour violation de l’interdiction du prosélytisme. En Europe, et en France en particulier, des convertis déplorent le fait d’avoir été mal reçus, car leur conversion met en cause le choix de nombreux chrétiens de privilégier le dialogue interreligieux à l’annonce de l’Évangile. Leur conversion remet aussi en cause les préjugés et les réticences, alors même qu’ils ont besoin de trouver dans l’Église des liens d’amitié qu’ils ont perdus par ailleurs. Souvent, ces convertis déplorent aussi la pauvreté de la formation reçue en vue du baptême.

Mais la situation change depuis quelques années. Nous avons rencontré des communautés chrétiennes tournées vers l’évangélisation des musulmans et l’accueil des convertis. C’est le cas de la Mission Ismérie, qui accomplit une œuvre importante dans la discrétion.

Enfin, il y a aussi le cas particulier des convertis demandeurs d’asile. J’en ai connu plusieurs en provenance de Turquie, d’Iran et du Pakistan et qui espéraient trouver refuge en Europe. Parfois, la réalité de la menace qu’ils encourent dans leur pays d’origine est sous-estimée, ce qui les expose au risque d’une expulsion. Cela fait partie du travail de l’ECLJ de rendre compte de la réalité de ces menaces auprès des juridictions afin qu’ils puissent recevoir une protection internationale.

Quelles solutions voyez-vous à cette situation ?

Il faut protéger ces personnes, notamment en proposant des solutions d’accueil d’urgence. Il faut aussi qu’il soit clair en France que toute entrave à la conversion au Christianisme n’est pas acceptable, et doit être condamnée pénalement. Nous avons suggéré des amendements en ce sens dans le cadre de l’examen du projet de loi séparatisme.

En lien avec d’autres associations, l’ECLJ ouvre aujourd’hui une ligne d’écoute « ESPERE » (Écoute et Soutien face aux Pressions Politico-Religieuses) au numéro 06 17 94 23 22. Une personne est disponible chaque jour pour recevoir les appels et aider des personnes subissant en France des pressions politico-religieuses, en matière notamment de liberté d’expression, de mariage, et de religion.

Mais loin d’être seulement un problème, ce phénomène est aussi bénéfique à plusieurs égards.

Tout d’abord, il faut se souvenir qu’il est dans l’ordre des choses, pour un chrétien, de devoir « renoncer à soi-même et prendre sa croix » pour suivre le Christ (Lc 9, 23). Ces récits de conversion en témoignent de façon édifiante. Ensuite, ce phénomène est positif pour les chrétiens et l’Église de France. Il oblige à regarder les musulmans comme des chrétiens potentiels, et incite à leur évangélisation. Ce phénomène pourrait aussi, à terme, amener les musulmans à s’habituer à l’exercice de la liberté de conscience et de religion. Enfin, ces conversions contribuent à l’intégration de personnes issues de l’immigration, car en recevant le baptême, elles pacifient leur relation à la France et accèdent à sa civilisation. Nous avons reçu de très beaux témoignages de cette double découverte de l’Église et de la France.

© LA NEF le 1er avril 2021, exclusivité internet

À propos Grégor Puppinck

Grégor Puppinck
Directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), membre du Panel d’experts de l’OSCE sur la liberté de religion ou de conviction, il a dirigé l’ouvrage Droit et prévention de l'avortement en Europe (LEH Éditions, 2016), il est aussi l’auteur de « Objection de conscience et droits de l’homme. Essai d’analyse systématique », Société, Droit et Religion (CNRS Editions, 2016) et de La famille, les droits de l’homme et la vie éternelle (L’Homme Nouveau, 2015).