L'abbé Marc Chatanay © DR

L’Opus Dei aujourd’hui

L’abbé Marc Chatanay est vicaire régional de l’Opus Dei pour la France depuis juin 2020.
Il nous a reçus à Paris et nous parle ici de la situation de l’Opus Dei en France.

La Nef – Comment est né l’Opus Dei et dans quel but ? Et pourriez-vous nous dire un mot sur saint Josémaria ?
Abbé Marc Chatanay
– Dieu a suscité l’Opus Dei pour rappeler au monde que la sainteté est accessible à tous et qu’il n’est nul besoin de s’extraire du monde pour se rapprocher de Dieu. Puisque Dieu est toujours là, à nos côtés, c’est à chacun d’entre nous de le trouver dans sa vie quotidienne. Cette intuition fondamentale, saint Josémaria l’a reçue le 2 octobre 1928. Alors jeune prêtre, il a vu l’Opus Dei : des milliers de personnes de par le monde, de toutes origines et de toutes conditions, cherchant à vivre une vie pleinement chrétienne. Il décida alors de se mettre au travail avec la bénédiction de l’évêque de Madrid pour diffuser cet appel universel des laïcs à la sainteté.

Où en est l’Opus Dei en France, quelles sont vos principales implantations et activités ?
En France, la prélature de l’Opus Dei compte un millier de fidèles laïcs et une trentaine de prêtres incardinés. Elle assure des activités de formation dans une quinzaine de villes, soit au sein des centres de l’Opus Dei, soit dans des églises paroissiales, soit chez des fidèles de la prélature. Ouvertes à tous, ces activités de formation ont pour ambition d’aider chacun à s’identifier toujours davantage au Christ.

Comment s’organise, au sein de l’Opus Dei, la place des prêtres et des laïcs, eux-mêmes distingués entre numéraires, agrégés et surnuméraires ?
Les fidèles de la prélature sont des femmes et des hommes qui ont reçu le même appel à se sanctifier dans la vie courante : au travail, en famille, dans les relations sociales. Selon les circonstances qui sont les leurs, certains sont appelés à suivre Dieu dans le célibat (ce sont les numéraires et les agrégés) et d’autres dans le mariage (les surnuméraires). Mais tous, chacun dans sa situation personnelle, ont la même vocation. Le prélat, qui est à la tête de l’Opus Dei et réside à Rome, est nommé par le pape. Dans chaque pays, il nomme un prêtre comme vicaire pour le représenter. Assisté de ses conseils – composés d’hommes et de femmes laïcs – ce dernier donne les grandes orientations apostoliques qui sont ensuite portées et mises en œuvre sur le terrain par des fidèles laïcs.

La formation et l’accompagnement spirituel tiennent une place importante dans l’Opus Dei : comment s’organisent-ils et peut-on parler d’une spiritualité propre à l’Opus Dei ?
La formation est clairement le cœur d’activité de l’Opus Dei. Elle est donnée à la fois en petits groupes et de façon individuelle. La formation en groupe, dispensée par des prêtres ou des laïcs, prend la forme d’enseignements qui se veulent concrets et pratiques, toujours orientés vers la recherche de Dieu dans la vie ordinaire. En complément indispensable de cette formation collective, chaque fidèle est accompagné personnellement par un de ses frères. Cet accompagnement spirituel vise à aider chacun à mieux se connaître et à ajuster ses efforts personnels pour mieux aimer Dieu et le prochain.
On peut parler d’une « spiritualité » de l’Opus Dei, mais nous préférons spontanément parler d’un « esprit », pour souligner qu’il s’agit d’une attitude générale face à la vie. Cet esprit est tout entier imprégné du sens de notre filiation divine qui pousse à se sentir pleinement responsables de ce monde, participants au sacerdoce royal du Christ. Nous essayons de cultiver un regard positif sur le monde, en respectant un sain pluralisme, en aimant collaborer avec des gens très différents, convaincus que c’est aussi un puissant moyen d’évangélisation.

La sanctification du travail ordinaire est essentielle à l’Opus Dei : que suggérez-vous pour cette sanctification, et est-elle encore possible dans un monde matérialiste et connecté, obsédé de rendement qui imprime à la vie un rythme toujours plus trépidant ?
La liste des maux qui affectent aujourd’hui le travail humain est interminable. Mais la souffrance que ces maux engendrent est justement le signe d’un travail déshumanisé. C’est pourquoi l’effort pour sanctifier le travail est inséparable de l’engagement pour rendre au travail humain sa dignité. Saint Jean Paul II a dit, dans son encyclique sur le travail, que le travail humain est la clé de toute la question sociale. C’est très fort. Dans cet engagement en faveur de la justice, le chrétien dispose d’une boussole : un travail digne est un travail qui peut être sanctifié, qui peut devenir une prière. Toute personne devrait pouvoir travailler avec le soin, la délicatesse, la paix intérieure qu’un prêtre s’efforce de mettre dans les gestes de la liturgie. C’est plus qu’une image : dans l’esprit de l’Opus Dei, le travail et la messe sont deux réalités intimement unies et qui s’éclairent l’une l’autre. En outre, il serait incompréhensible qu’un chrétien réserve la charité à la vie familiale ou amicale, et obéisse dans son travail à la règle du « chacun pour soi » ! La sanctification du travail implique le soin concret de toutes les relations de travail. Il y a des gens qui se convertissent grâce à un collègue, ou un client, ou un fournisseur. La condition, c’est de ne pas laisser le travail tout envahir, et préserver jalousement, parfois héroïquement, un temps quotidien d’oraison.

L’évangélisation est-elle un aspect prioritaire de vos engagements et quelle forme prend-elle chez vous ? Avez-vous une réflexion particulière sur la façon d’évangéliser un monde anciennement chrétien très largement devenu plus indifférent qu’hostile à la religion ?
La mission est inséparable de la vocation : nous sommes tous appelés à témoigner de l’Évangile du Christ. Comment le faisons-nous ? Dans l’Opus Dei, l’évangélisation n’est pas une activité « en plus », mais ce qui vivifie les liens familiaux, amicaux, professionnels. C’est pourquoi on attache une importance fondamentale à la spontanéité apostolique de la personne, à sa libre initiative et à sa responsabilité. Une personne remplie du Christ, qui vit au milieu du monde, sera la mieux à même de comprendre et voir comment aider telle personne ou tel milieu. Les activités de formation et d’accompagnement ont pour but de fournir à chacun l’assistance spirituelle nécessaire à cet élan missionnaire.
Quant à l’indifférence ou l’hostilité à laquelle vous faites allusion, elle peut être dépassée par l’amitié. L’un des points forts de l’amitié est qu’elle nous enrichit réciproquement : elle nous apprend à écouter une autre opinion avec bienveillance.

Dans nos sociétés occidentales, la déchristianisation s’est rapidement accélérée et l’on assiste à une déconstruction anthropologique sans précédent : face à ce mouvement historique, les chrétiens semblent impuissants ! Comment garder l’espérance dans un contexte aussi hostile aux valeurs humaines défendues par les chrétiens ?
Nous ne pouvons certes pas ignorer ce contexte général, tellement inquiétant. Mais il y a une autre réalité aussi, plus cachée : la soif de Dieu, la soif de vérité et d’amour, qui habite au fond des cœurs. Cette réalité n’apparaît pas dans les statistiques ni dans les vastes perspectives sociologiques. Mais, comme le disait Benoît XVI, ce monde est rempli « de cœurs inquiets et d’intelligences blessées ». C’est ce que l’on découvre lorsqu’on comprend que l’apostolat est vraiment personnel, qu’il a pour cadre « l’amitié et la confidence », selon l’expression fameuse de saint Josémaria. Autour de nous, autour de vous, il y a des personnes qui, sans le savoir bien souvent, attendent le Christ. Et qui répondent avec une joie incroyable à l’annonce du Christ. Annonce familière, sans grands mots, sans spectacle, intime. Lorsqu’on fait cette expérience, l’espérance est possible. Plus, elle est évidente. Les premiers chrétiens n’ont pas évangélisé en consultant d’abord des statistiques. Ils ont frappé à la porte des cœurs, un à un. Tout le monde ne répond pas. C’est le mystère de la grâce. Mais même les cœurs les plus endurcis, même les intelligences apparemment les plus déformées, dans la rencontre avec un témoin sincère, humble et maladroit bien souvent… s’ouvrent à la lumière de Dieu. Et le vrai défi, alors, ce n’est plus d’espérer, car ce qu’on voit suffit à remplir d’espérance ! Le vrai défi est plutôt de ne pas verser de l’eau tiède dans ces cœurs assoiffés ! Et c’est là notre merveilleuse responsabilité.

Propos recueillis par Christophe Geffroy

Saint Josémaria, en quelques dates
. Né à Barbastro en 1902
. Ordonné prêtre en 1925
. Fonde l’Opus Dei en 1928
. Rappelé au ciel en 1975
. Béatifié en 1992
. Canonisé en 2002

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© LA NEF n°3147 Mai 2022

À propos Christophe Geffroy

Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).