Burkini © Wikimedia

Burkini ou l’abandon du juste milieu

Que nous, nation christianisée depuis près de deux mille ans, en soyons réduits à régler des problèmes de longueur de maillot de bain féminin nés de la loi grotesque du faux prophète Mahomet en dit long sur notre chute. Mettant dans le même sac seins nus et burkini, Éric Piolle, le maire de Grenoble, a plus raison encore qu’il ne le pense sans doute : ce faux chrétien démontre que, sans la mesure morale dont a accouché la foi chrétienne, ne demeurent que des extrêmes violents par nature et destinés à s’entretuer.
L’Occident chrétien a réussi, pas à pas, à atteindre ce juste milieu qui permettait aux femmes du XXe siècle de s’ébrouer tranquillement dans l’eau, de la piscine, de la mer ou de la rivière, vêtues seulement de ce qui cachait leurs parties sexualisées. Que l’on sache, nulle vague de viol à déplorer, non plus que de folie collective. Et voilà qu’arrivent, à peu près en même temps d’ailleurs, Mai 68 et l’immigration africano-musulmane. D’un côté, la grande pétarade des boomers qui crurent que parce qu’ils étaient riches, en paix, pleins d’avenir et les plus nombreux, il fallait faire tomber toute règle, toute norme, toute morale, et que finalement on n’avait pas d’âme à sauver, seulement un corps à faire jouir, et qu’à ce titre il est normal de se balader à poil toute la sainte journée. De l’autre, des peuples déplacés avec leurs mœurs barbares qu’ils croient civilisées, qui sont nourris d’une haine et d’un mépris profond de la femme, qu’il serait nécessaire de cacher, de voiler, pour éviter qu’elles soient violées parce que trop désirées.
D’un côté, la fin de la morale, de l’autre l’absence de commencement de morale. Parce que dans l’islam, le souci n’est pas qu’il y ait trop de morale, contrairement à ce que peuvent croire des libéraux-libertaires français contemporains, mais qu’il n’y en ait pas du tout. Obéissant simplement à des lois qui réglementent toute leur vie, les féaux musulmans sont non seulement emprisonnés mais encore tuent ce qui fait l’essence d’une âme, la conscience délibérante, faite, croyons-nous, à l’image de Dieu.
Ainsi est-il impossible de leur faire entendre raison sur ce qu’ils croient aussi nécessaire à la vie que le serait une loi physique. Demander à un musulman pieux de renoncer à voiler sa femme serait comme lui demander de faire un pas dans le vide au-dessus d’un précipice. Non pas que ce soit jamais arrivé : on en connaît de très nombreux qui par désir d’imitation du monde occidental ont renoncé à appliquer ces mœurs étranges.
Que pouvons-nous faire donc, sinon encore une fois redevenir chrétiens pour donner un exemple admirable, une envie enfin, à ces nouveaux contemporains de nous ressembler ? Que pouvons-nous faire sinon encore une fois reprendre tout à zéro, pour comprendre à nouveaux frais ce que serait une morale, inspirée par l’Esprit pour les enfants de Dieu, et diffusible néanmoins à ceux qui ne le sont pas ou pas encore ?
Mais ce temps préfère parler de pouvoir d’achat, d’énergie, de nouvelles technologies, et jamais de son âme.

Jacques de Guillebon

© LA NEF n°348 Juin 2022

À propos Jacques de Guillebon

Écrivain, essayiste, chroniqueur de La Nef, rédacteur en chef de L'Incorrect, il est l’auteur notamment de Anarchrist. Une histoire de l’anarchisme chrétien (avec Falk van Gaver, Desclée de Brouwer, 2015), L’impasse. Du mariage laïc au mariage gay (Editions de l’Œuvre, 2012), Le nouvel ordre amoureux (avec Falk van Gaver, Editions de l’Œuvre, 2008), Nous sommes les enfants de personnes (Presses de la Renaissance, 2005, rééd. Xenia, 2010).