Jean Luc MELENCHON in the European Parliament in Strasbourg

Perspectives peu réjouissantes

ÉDITORIAL

Depuis la réélection du président Macron, le moins que l’on puisse dire est que l’horizon ne s’est guère éclairci. Certes, il y eut quelques lueurs bienvenues, songeons d’abord à la canonisation de Charles de Foucauld, saint français au rayonnement mondial et dont les écrits sur l’islam sont d’une singulière actualité si l’on veut bien les lire sans filtre ; il y eut ensuite ces nouvelles de la Cour suprême aux États-Unis qui pourrait revenir sur le fameux arrêt « Roe v. Wade » (1973) qui permettrait à chaque État de décider de maintenir ou abolir l’avortement, alors même qu’une grande partie des Américains sont de plus en plus opposés à la légalisation de ce « crime abominable » (Vatican II), ce qui prouve que de telles lois iniques ne sont jamais gravées dans le marbre.

Pour le reste, je vois peu de sujets de réjouissance. La guerre en Ukraine semble s’inscrire dans la durée, les négociations de paix n’intéressant ni les Russes ni les Ukrainiens et leurs alliés occidentaux qui se pressent de fermer toute porte de sortie à l’agresseur, seul le pape François crie bien seul dans le désert pour l’arrêt de ce conflit fratricide.

Une droite désespérante !

Quant à la France, c’est peu dire que les perspectives des prochaines législatives sont peu plaisantes. M. Macron, qui suscite le mépris de nombre de Français, a pourtant réussi à se faire réélire aisément en phagocytant les deux principaux partis de gouvernement (PS et LR) réduits l’un et l’autre à des scores groupusculaires. Il ne devrait pas avoir trop de peine, à l’issue des élections législatives des 12 et 19 juin, à obtenir une large majorité à l’Assemblée.

La seule opposition organisée est celle de la gauche, hier exsangue, menée par la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui a su unir sous son égide les partis moribonds que sont le PS, EELV et le PCF sous l’acronyme NUPES (Nouvelle union populaire économique et sociale). Outre le programme délirant de LFI s’opposant à toute maîtrise de l’immigration et plaidant pour un multiculturalisme sans borne faisant le jeu de l’islamisme et du communautarisme (on le voit bien avec l’affaire du burkini qui resurgit), on assiste à un retour en force du mythe de la Révolution épuratrice et de ses utopies de la table rase, qui ont tant contribué à fracturer le pays et à saper la paix civile.

À droite le paysage politique est désespérant, tant on a l’impression que les trois principaux partis qui la composent – LR et le RN tout particulièrement – font tout pour avoir le minimum de députés dans la prochaine Assemblée, alors qu’ils ont à l’évidence plus de points communs pour justifier des accords électoraux que n’en ont les membres de la NUPES. Observer ces partis me fait irrésistiblement penser à ce qu’écrivait Simone Weil dans son petit essai jubilatoire, Note sur la suppression générale des partis politiques (1) : « Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective. Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres. La première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite » (p. 35). Tout parti tend à identifier le bien commun à son bien particulier et finit par donner la priorité au second sur le premier, on le voit de façon exemplaire quand le RN ou LR rejettent avec un profond dédain tout accord électoral que nombre de leurs électeurs pourtant souhaitent.

La bataille des idées est loin d’être gagnée

Les dirigeants de LR demeurent prisonniers de la notion de « front républicain », habilement inventée par la gauche pour empêcher la droite de gagner les élections. Alors qu’une alliance entre la gauche et l’extrême gauche – y compris avec le Parti communiste dont l’idéologie est responsable de plus de 100 millions de morts ! – coule de source, la droite est interdite de procéder de même avec « l’extrême droite » sous peine de « perdre son âme » ! Tant qu’une partie de la droite cédera devant cet absurde diktat, elle se condamnera à la défaite. Ajoutons, avec Chantal Delsol, qu’« il y a là un déni majeur de démocratie. Laquelle est un débat entre adversaires, et non une lutte à mort contre un ennemi. Quand on supprime les adversaires pour ne laisser place qu’aux ennemis (les extrêmes), on tue la démocratie par là même » (2).

À ceux qui pensaient que la droite avait gagné la bataille des idées, cette élection est un cinglant rappel à la réalité. « La gauche a été si longtemps hégémonique qu’il lui suffit d’être contestée pour se croire assiégée, alors que la droite a été si longtemps dominée qu’il lui suffit d’être entendue pour se croire dominante » (3). Sans doute la droite est-elle majoritaire sur les questions régaliennes et identitaires (tout particulièrement la maîtrise de l’immigration) qui engagent de façon pressante l’avenir du pays, mais il faut croire que les électeurs se déterminent in fine davantage sur des thèmes plus proches de leurs préoccupations quotidiennes (pouvoir d’achat), ou peut-être aussi que les candidats de droite n’ont pas le talent d’un Jean-Luc Mélenchon pour se faire entendre et convaincre leurs compatriotes…

Christophe Geffroy

(1) Gallimard, 1957, rééd. Climats, 2006.
(2) Le Figaro du 18 mai 2022.
(3) Mathieu Bock-Côté, Le Figaro du 14 mai 2022.

© LA NEF n°348 Juin 2022

À propos Christophe Geffroy

Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).