Faire revivre nos campagnes

ÉDITORIAL

Pour lutter contre la désertification des campagnes, des petits malins ont eu une idée géniale qualifiée de « projet Horizon » : y installer des immigrés et ainsi, en commençant par la commune pilote de Callac, en Bretagne, créer « un village multiculturel peuplé d’habitants réfugiés et non réfugiés qui s’y installeront durablement » ! Il s’est donc trouvé un maire et des conseillers municipaux pour avaliser ce projet hors-sol, encouragé, semble-t-il, par les pouvoirs publics du département, de la région et de l’État ; projet qui rencontre néanmoins l’opposition d’une partie de la population qui a encore conservé une once de bon sens, comprenant que cela ne pouvait que conduire à importer dans la France profonde le problème inextricable des banlieues, l’assimilation – ni même plus modestement l’intégration – ne pouvant fonctionner au-delà de certaines proportions d’étrangers par rapport aux autochtones, surtout quand la volonté d’assimilation n’existe plus et que rien n’est fait pour la susciter.

Cette idée mirobolante est aussi celle du chef de l’État qui, en guise de politique d’immigration, a récemment suggéré devant les préfets, non pas de limiter les entrées, mais de répartir autrement les immigrés en les installant notamment dans les « espaces ruraux, qui, eux, sont en train de perdre de la population » et où « nous devrons fermer des classes, vraisemblablement des écoles et des collèges ». Bref, là aussi, la France s’aligne sur l’idéologie de l’Union européenne pour laquelle l’immigration est le remède à son collapsus démographique. Que cela revienne à faire, à terme, de l’ensemble du territoire un gigantesque « 9.3 » n’a pas effleuré l’esprit de nos gouvernants ou, plus vraisemblablement, cela ne les gêne pas, ce qui est pire.

La question démographique

En réalité, nos idéologues jugent que les aspects culturels d’une personne – son histoire, sa religion, ses mœurs, ses mentalités… – importent peu, que tous sont appelés, si l’on parvient à les enrichir, à devenir de bons consommateurs standardisés détachés de tout enracinement ou particularisme, bref, qu’en fait tous les hommes sont interchangeables, conséquence d’une vision de l’égalité horizontale et non pas substantielle.

Depuis des années, la démographie est l’un des principaux défis politiques pour l’Europe dont le taux moyen de fécondité est de 1,5 – la France étant descendue à 1,87 en 2019, chiffre qui inclut les naissances d’origine étrangère. Situation catastrophique, puisque le simple renouvellement des générations exige un taux de 2,1. Favoriser la natalité aurait dû être la priorité n°1 de tout gouvernement responsable, et pourtant rien n’a été entrepris en ce sens, l’immigration devant com­penser notre déclin démographique.

Des raisons purement idéologiques

À cela, les raisons sont purement idéologiques. D’abord, favoriser l’immigration répond à la volonté d’imposer un modèle de société multiculturelle. Ensuite, relancer la démographie exige de mettre en œuvre des moyens qui se heurtent à des tabous intouchables : il faudrait en effet encourager une véritable politique familiale, ce qui suppose de favoriser l’union stable d’un homme et d’une femme, aider les mères qui le souhaitent à demeurer un temps au foyer, prévenir l’avortement dont le nombre représente un quart des naissances… À cela s’ajoute maintenant un certain écologisme qui voit en l’enfant l’ennemi de la planète.

Ranimer la démographie est cependant réalisable et contribuerait à résoudre nombre de problèmes aujourd’hui insolubles, à commencer par le repeuplement des campagnes. Ce pourrait être là un formidable et exaltant projet politique ! En effet, la France est un pays merveilleux et peu peuplé, ayant de bonnes infrastructures et quantité de villages ravissants en train de mourir qui ne demanderaient qu’à revivre. La pandémie de Covid a révélé combien nombre de nos concitoyens aspirent à quitter les grandes villes ou leurs banlieues pour s’installer en milieu rural afin de vivre plus sainement et plus simplement. Pourquoi ne pas essayer de faire correspondre ces deux intérêts convergents ? Il y a là un moteur prodigieux pour encourager ceux qui le souhaitent à opérer un changement de style de vie plus sobre, moins consumériste, moins stressé, davantage tourné vers le local et les circuits courts. Une telle politique serait l’occasion de réindustrialiser la France en délocalisant des activités économiques dans des zones rurales et en soutenant la création de petites industries locales comme il en existe tant en Allemagne.

Je ne dis pas que ce serait facile à faire, mais ce serait assurément un projet ambitieux qui obtiendrait un large consensus et qui contribuerait au bien commun, plutôt que laisser pénétrer une immigration incontrôlée pour ensuite la répartir au petit bonheur sur le territoire.

Christophe Geffroy

© LA NEF n°351 Octobre 2022

À propos Christophe Geffroy

Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).