Mgr Michel Aupetit © Diocèse Paris

La démission de Mgr Aupetit acceptée par le pape François

Mgr Michel Aupetit a confirmé le 26 novembre avoir remis sa charge d’archevêque de Paris au pape, à la suite des remous provoqués par un article du Point mis en ligne le 22 novembre. L’article se présente comme une « enquête » sur Mgr Aupetit : il évoque ses maladresses de gestion indubitables dans les affaires de Saint-Jean de Passy ou de Saint-Merry, les démissions successives de deux de ses vicaires généraux… Mais sur ces sujets, il n’y a pas de véritable enquête, beaucoup de choses ont déjà été publiées et les deux journalistes du Point n’apportent rien de nouveau, ces affaires ne sont qu’un prétexte pour aboutir au « scoop » de l’article dont le but évident est de mettre à mort Mgr Aupetit : accréditer l’idée qu’il aurait eu une liaison avec une femme adulte vers 2012, alors qu’il était vicaire général du diocèse de Paris sous l’autorité du cardinal André Vingt-Trois. Pour étayer leur grave accusation, ils font référence à un mail dont ils ont eu connaissance par un proche de Mgr Aupetit qui leur garantit son contenu mais qu’ils n’ont visiblement pas lu. Il est quand même misérable qu’un tel proche ait ainsi trahi son archevêque. Il faut dire que les deux journalistes du Point ont contacté des personnes de confiance autour de Mgr Aupetit pour les pousser à trahir leur supérieur en leur garantissant un « anonymat absolu », belle méthode journalistique !

Mgr Aupetit a catégoriquement rejeté l’accusation de liaison et a fait parvenir cette mise au point à l’hebdomadaire : « Alors que j’étais vicaire général, une femme s’est manifestée à de nombreuses reprises auprès de moi par des visites, des courriers, etc., à tel point que j’ai parfois dû prendre des dispositions pour mettre de la distance entre nous. Je reconnais cependant que mon comportement vis-à-vis d’elle a pu être ambigu, laissant ainsi sous-entendre l’existence entre nous d’une relation intime et de rapports sexuels, ce que je réfute avec force. En début d’année 2012, j’en ai informé mon accompagnateur spirituel et, après discussion avec l’archevêque de Paris de l’époque [le cardinal André Vingt-Trois], j’ai décidé de ne plus la revoir et je l’en ai informée. Au printemps 2020, après avoir évoqué cette situation ancienne avec mes vicaires généraux, j’en ai averti les autorités de l’Église. »

Si les faits concernant cette femme avaient été graves, le cardinal Vingt-Trois qui en était informé aurait-il laissé son vicaire général devenir évêque un an plus tard ?

Le mal maintenant est fait, et de telles calomnies, il reste toujours quelque chose. C’est pour le bien du diocèse que Mgr Aupetit a remis sa charge au pape François – il ne veut pas parler de « lettre de démission » car ce serait avouer indirectement que les accusations de « liaison » portées contre lui sont vraies, ce qu’il dénie avec force, et il ne « veut pas donner l’impression d’abandonner le navire en pleine tourmente ».

Le pape François a réagi très vite et a accepté la démission de Mgr Aupetit (cf. communiqué ci-dessous). Une page nouvelle s’ouvre pour le diocèse de Paris.

Christophe Geffroy

© LA NEF le 27 novembre 2021, mis à jour le 2 décembre 2021, exclusivité internet

PS1 : le Grand Débat de Radio Notre-Dame du vendredi 26 novembre 2021, dirigé par Louis Daufresne, a été consacré, dans sa seconde partie, à « l’affaire Aupetit » ; avec Philippe Clanché, journaliste, collaborateur à Nouvelle Cité, Réforme et Témoignage chrétien, Christophe Geffroy, directeur du mensuel La Nef, Olivier Milza de Cadenet, historien, professeur en classes préparatoires. Vous pouvez récouter cette émission en cliquant sur le lien suivant :

https://radionotredame.net/emissions/legranddebat/26-11-2021/

PS2 : Mgr Michel Aupetit a fait le samedi 27 novembre une déclaration sur Radio Notre-Dame dont l’agence Zenit a fait une retranscription :

« Tout d’abord je suis profondément désolé du trouble grave des fidèles, qui ont subi tant de drames, depuis l’incendie de Notre-Dame, la covid, le rapport de la Ciase, et qui se trouvent encore aujourd’hui confrontés à cet article du journal Le Point si virulent à mon égard. J’avoue que moi-même j’ai subi un choc en le lisant, et je me suis demandé s’il y avait réellement autant de personnes qui souhaitaient mon départ. Le refuge dans la prière, sans laquelle je ne sais rien faire, et le soutien de très nombreux prêtres de Paris, de séminaristes, de fidèles, d’amis, m’ont réconforté et m’ont permis de tenir la barre ces derniers jours. Je les remercie du fond du coeur pour leur confiance et les témoignages d’affection qu’ils m’ont donnés.

« Sur les questions de gouvernance, ceux qui travaillent à mes cotés m’ont dit être choqués par les accusations de négligence relayés par l’article. Bien sûr, il est normal que les décisions à prendre quand on est responsable génèrent des frustrations et entretiennent des amertumes. Mais je ne les prends jamais seul, je suis entouré de nombreux conseils où sont présents, des clercs, des diacres, des laïcs, et où j’ai souhaité que plus en plus de femmes participent pleinement parce que je sais l’irremplaçable apport de leur discernement. Mais il est vrai que lorsqu’une décision est prise en commun, il convient que je l’assume et que j’en revête la responsabilité, ce qui bien sûr concentre sur moi les possibles rancoeurs.

« L’autre fait très troublant serait une révélation sur une relation intime que j’aurais eue comme prêtre il y a dix ans, révélée par un mail qui a été envoyé sur mon adresse, partagé avec ma secrétaire de l’époque. Ceux qui me connaissaient alors et qui partageaient mon quotidien pourraient certainement témoigner que je n’entretenais pas une double vie comme le suggère l’article. Je reconnais, comme je l’ai déjà dit, avoir mal géré la situation avec une personne qui s’est manifestée à de nombreuses reprises auprès de moi. Cette erreur, je l’ai confiée à mon accompagnateur spirituel, et l’autorité ecclésiastique a été mise au courant.

« Aujourd’hui, comme tous les jours, je remets ma vie dans les mains du Seigneur comme je l’ai fait la jour de mon ordination. J’ai dans le coeur cette phrase de Jésus quand, dans un acte d’amour suprême il a remis sa vie au Père pour sauver chacun de nous: « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne. » Puisse-t-il me permettre de le servir chaque jour, dans mes frères. »

Déclaration de Mgr Michel Aupetit

2 décembre 2021

« Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris.
Que le Nom du Seigneur soit béni ! »

Cette phrase de Job m’habite, au moment où je reçois cette acceptation de la remise de ma charge de la part du Saint Père. Les événements douloureux de la semaine passée, sur lesquels je me suis déjà exprimé, m’avaient amené à remettre ma mission dans les mains du Pape François pour préserver le diocèse de la division que provoquent toujours la suspicion et la perte de confiance.

J’ai reçu cette lourde charge du diocèse de Paris en essayant de m’en acquitter avec ferveur et dévouement. Je rends grâce à Dieu, qui m’a fait depuis toujours le don d’un regard bienveillant sur mes semblables et d’amour des personnes, qui m’avait conduit dans un premier temps à l’exercice de la médecine. Prendre soin est quelque chose de profondément ancré en moi et les difficultés relationnelles entre les hommes ne l’entament pas.

Je suis heureux d’avoir servi ce diocèse avec des équipes magnifiques, clercs, laïcs, consacrés, totalement dévoués au service du Christ, de l’Église et de leurs frères. Il y a trop de personnes à remercier pour que j’en fasse une liste exhaustive.

Le jour de mon entrée au séminaire, j’ignorais totalement où cela allait m’entraîner, mais la confiance en Jésus-Christ qui m’habitait alors, continue de me rendre totalement disponible, pour le suivre où il voudra.

J’ai, bien sûr, été fortement troublé par les attaques dont j’ai été l’objet. Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu d’avoir le cœur profondément en paix. Je remercie les très nombreuses personnes qui m’ont manifesté leur confiance et leur affection depuis ces huit jours. Je prie pour ceux qui, peut-être, m’ont souhaité du mal comme le Christ nous a appris à le faire, lui qui nous aide bien au-delà de nos pauvres forces. Je demande pardon à ceux que j’aurais pu blesser et vous assure tous de mon amitié profonde et de ma prière, qui vous seront toujours acquises.

Le diocèse de Paris est habité d’un profond dynamisme. Il est en route pour une nouvelle façon de vivre la fraternité à partir de notre baptême commun, dans une synodalité sans posture entre les différents états de vie. J’ai une totale confiance dans ce qui a été initié avec les vicaires généraux et les différents conseils qui m’entourent. Cet élan ne retombera pas et je demande à tous d’œuvrer pour que s’accomplisse, dans le souffle du Saint Esprit, ce qui a été commencé.

Je vous reste totalement uni et marche avec vous vers l’accomplissement du Salut.

Je ne peux que redire le message de ma toute première homélie : « Ne regardez pas l’archevêque, regardez le Christ ! ».

Michel Aupetit

À propos Christophe Geffroy

Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).