Marche pour la vie 2022 © Site de enmarchepourlavie.fr

Retour sur l’avortement

Les études internationales sur le sujet montrent que les Français sont le peuple d’Occident (et certainement du monde) le plus attaché à l’avortement comme droit. Glaçante médaille. Le fielleux Emmanuel Macron, qui se dit opposé par ailleurs à la GPA – comme tout le monde, mais qui le croira ? – profite de sa tribune de président de l’Europe pour pousser devant le parlement de Bruxelles à une inscription de cet avortement dans la « Charte des droits fondamentaux » de l’Union, deux jours après que ce même parlement s’est donné pour présidente une Maltaise opposée, comme tout son pays, dernier résistant à l’envahisseur, à l’IVG. Pendant ce temps, en France, le législateur va imposer de repousser le délai de douze à quatorze semaines, soi-disant pour s’aligner sur les lois des pays voisins où de pauvres futures mères vont se faire avorter. Le Royaume-Uni permettant l’acte jusqu’à 24 semaines (alors qu’on arrive à faire vivre des enfants prématurés de 21 semaines désormais), on ne voit pas pourquoi nos députés s’arrêteraient en si bon chemin et ne poursuivraient pas jusqu’à la veille de la naissance. En janvier, l’excellente Marche pour la Vie a encore réuni quelques milliers d’opposants à cette tragédie légale, troupes formées heureusement de nombreux jeunes gens. Mais au-delà du militantisme et du témoignage, pour quel résultat ?
Cela fait hélas quarante-cinq ans qu’une partie, de plus en plus minoritaire, des Français s’élève contre ces lois iniques, en vain. Chaque décennie passée a vu son lot de monstruosités nouvelles, et de la dépénalisation de Mme Veil avec interdiction d’incitation à l’avortement on est arrivé peu à peu à l’extrême inverse, où il est désormais interdit de dissuader une femme de pratiquer ce « droit ». Droit, au reste, moins absolu au-delà de l’Atlantique et de la Méditerranée, inexistant souvent ailleurs. Car rappelons à la patrie des « droits de l’homme » qu’aucun « droit à l’avortement » n’est mentionné nulle part dans aucune convention internationale. Rappelons même qu’en octobre 2020, 35 États membres des Nations unies ont signé une « Déclaration de consensus de Genève », pour rappeler justement qu’il n’existe aucun « droit à l’avortement » en droit international. Parmi eux, on trouvait alors les États-Unis, mais aussi le Brésil, la Pologne, la Hongrie, la Géorgie, la Biélorussie, de nombreux États africains, des États arabes du Golfe, le Paraguay, l’Indonésie ou encore l’île de Nauru en Océanie. Étrange attelage brinquebalant qui a au moins le mérite de rappeler que tous les habitants du monde ne croient pas comme nos compatriotes qu’éliminer un embryon, tuer un fœtus, soit un acte méritoire et humanitaire.

Deux camps irréductibles
Le fond de cette tragédie est que deux camps s’affrontent sans parvenir à se parler ni même à se comprendre, ni même encore à imaginer quelle mystique peut animer l’autre camp, supposé celui de Satan et d’Adolf Hitler. Car si nous savons, pensons, croyons qu’un embryon humain est un être humain auquel sont attachés les droits de la personne, comme disait Benoît XVI, il est évident que ceux du camp d’en face sont persuadés que ce n’est rien, un vulgaire amas de cellule qui ne peut bousiller la vie d’une mère désemparée, ni se mettre en travers de la disposition de son corps par elle-même. Outre que ce point de la propriété de soi-même est relativement faux, mais qu’en discuter nous amènerait très loin métaphysiquement, il est pour nous lunaire que la personne en question ne comprenne pas qu’il s’agisse d’un enfant auquel on ne peut toucher. Car on ne peut faire l’injure au camp des partisans de l’IVG de supposer que, sachant tous que c’est un enfant, ils décideraient de le supprimer en tant que tel. Ou ce serait à désespérer. Eux-mêmes nous prennent pour des attardés mentaux incapables de comprendre que la femme a un corps et une liberté qui dépassent toute limite. Les pires dans l’histoire seraient ceux qui croient avoir un discours centriste et modéré, considérant que si c’est bien un enfant, on est tout de même fondé à s’en débarrasser au nom du bien-être et de la poursuite d’une vie confortable. Un peu comme avec les vieux et les gros en temps de virus, qui ne devraient jamais limiter nos libertés.

Jacques de Guillebon

© LA NEF n°344 Février 2022

À propos Jacques de Guillebon

Écrivain, essayiste, chroniqueur de La Nef, rédacteur en chef de L'Incorrect, il est l’auteur notamment de Anarchrist. Une histoire de l’anarchisme chrétien (avec Falk van Gaver, Desclée de Brouwer, 2015), L’impasse. Du mariage laïc au mariage gay (Editions de l’Œuvre, 2012), Le nouvel ordre amoureux (avec Falk van Gaver, Editions de l’Œuvre, 2008), Nous sommes les enfants de personnes (Presses de la Renaissance, 2005, rééd. Xenia, 2010).